Visa D8 (nomade digital) : télétravailler au Portugal pour l'étranger

Créé fin 2022, le visa « nómada digital » permet à un salarié ou un indépendant de vivre au Portugal en travaillant à distance pour l'étranger. Sa règle tient en un chiffre, quatre salaires minimums par mois, soit 3 680 € en 2026. Les pièces, le séjour temporaire, le titre de l'AIMA, la fiscalité.

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Les repères

  • 3 680 € Le revenu mensuel minimum, quatre fois le salaire minimum de 920 €, calculé en moyenne sur les trois derniers mois de salaires ou de factures, pour le seul demandeur.
  • Hors du Portugal L'employeur ou les clients : le D8 couvre une activité « prestée à distance pour l'extérieur du territoire » ; des clients portugais relèvent du D2.
  • 110 € et 60 jours Les frais et le délai de décision du visa de résidence (30 jours pour la variante séjour temporaire de moins d'un an) ; le visa vaut deux entrées et quatre mois.
  • 2 ans Le premier titre de séjour délivré par l'AIMA (247,30 € de frais, 185,60 € en ligne), renouvelable par périodes de trois ans ; permanent après cinq ans.
  • Jusqu'à 35 ans L'IRS Jovem exonère 100 % des revenus du travail la première année, puis 75, 50 et 25 % : le nomade digital de moins de 35 ans y a droit une fois résident fiscal.

La condition de revenu

Le ministère des Affaires étrangères l’écrit ainsi : le demandeur doit prouver un revenu moyen mensuel, sur les trois derniers mois, d’au moins « quatro remunerações mínimas mensais garantidas ». Avec un salaire minimum de 920 € en 2026, le seuil est de 3 680 € par mois, soit 11 040 € sur le trimestre précédant la demande. Le texte parle de revenus « perçus dans l’exercice de l’activité » : ce sont les salaires ou le chiffre d’affaires facturé, pas l’épargne. Le seuil suit le salaire minimum, révisé chaque 1ᵉʳ janvier (le SMIC portugais) ; il vaut pour le demandeur principal, la famille étant couverte par les moyens de subsistance ordinaires (+ 50 % par adulte, + 30 % par enfant).

Salarié ou indépendant : les pièces

Le visa existe en deux variantes, avec des justificatifs propres, en plus des pièces communes à tout visa de résidence (formulaire, deux photos, passeport valable trois mois au-delà du séjour, assurance voyage couvrant soins et rapatriement, casier judiciaire apostillé, preuve des moyens de subsistance) :

  • Salarié (trabalho subordinado) : le contrat de travail ou une déclaration de l’employeur confirmant la relation de travail, l’employeur étant établi hors du Portugal ; les trois derniers bulletins de salaire établissent la moyenne.
  • Indépendant (trabalho independente) : le contrat de société, un contrat de prestation de services ou un document prouvant les services rendus à une ou plusieurs entités ; les factures et relevés des trois derniers mois établissent la moyenne.

Dans les deux cas, le ministère demande un document attestant la résidence fiscale du demandeur (l’attestation délivrée par l’administration fiscale du pays de résidence), et prévient que le consulat peut réclamer des pièces supplémentaires : en pratique, un justificatif de logement au Portugal, le NIF et une lettre présentant l’activité (le NIF, louer un logement).

Visa de résidence ou séjour temporaire ?

Le nomade digital peut choisir :

  • le visa de résidence (D8), pour s’installer : deux entrées, quatre mois, puis titre de séjour de l’AIMA, la voie vers la résidence permanente et, à terme, la nationalité ;
  • le visa de séjour temporaire (estada temporária), pour un séjour de moins d’un an, valable pour la durée du séjour avec entrées multiples, décidé en 30 jours : la formule de qui veut tester une saison ou un hiver sans s’installer (passer l’hiver au Portugal).

Le séjour temporaire n’est pas une résidence : pour s’installer ensuite, la voie normale reste le visa de résidence.

Après l’arrivée : l’AIMA, le titre, le renouvellement

Avec le visa de résidence est délivrée une pré-autorisation de résidence qui attribue déjà, à titre provisoire, le NIF, le NISS et le numéro d’utilisateur du SNS. Dans les quatre mois, le rendez-vous à l’AIMA (souvent fixé par le consulat) aboutit à un titre de séjour valable deux ans, renouvelable par périodes de trois ans ; frais : 133 € d’analyse et 114,30 € de concession, −25 % par le canal numérique. Le renouvellement se demande jusqu’à 30 jours avant l’échéance et suppose toujours des moyens de subsistance, un logement et des obligations fiscales et sociales en règle ; le reçu vaut titre pendant 60 jours. Le titre peut être annulé après six mois d’absence consécutifs ou huit mois cumulés : le nomade qui voyage beaucoup doit compter ses jours. Après cinq ans, la résidence permanente (avec un portugais de base), après dix ans la naturalisation (les trois numéros, le système de santé).

Fiscalité et sécurité sociale : le point à anticiper

Résider plus de 183 jours au Portugal fait du nomade digital un résident fiscal portugais, imposé sur ses revenus mondiaux, sous réserve de la convention fiscale avec le pays de la source (la convention France–Portugal). Le régime des résidents non habituels n’accepte plus de nouveaux bénéficiaires depuis 2024 ; l’IFICI, son successeur à 20 %, ne vise que des activités et des structures précises (IFICI, le RNH 2.0). Deux régimes ordinaires comptent davantage : le régime simplifié des indépendants, qui n’impose que 75 % des recettes de services (travailleur indépendant au Portugal), et l’IRS Jovem avant 35 ans, qui exonère 100 % des revenus du travail la première année, puis 75, 50 et 25 %, jusqu’à 29 542 € par an (l’IRS Jovem). Le barème : le système fiscal portugais. Côté cotisations, un salarié d’employeur étranger et un indépendant ne sont pas traités pareil ; le cadre est dans télétravailler depuis le Portugal.

Faire venir sa famille

Le conjoint, les enfants et les ascendants à charge peuvent demander en même temps le visa d’accompagnement, sur preuve des liens familiaux et de ressources « stables et régulières » pour douze mois ; ensuite, le regroupement familial se traite à l’AIMA (le regroupement familial, écoles et système scolaire).

Questions fréquentes

Mon employeur est français et je suis français : ai-je besoin du D8 ?

Non : comme citoyen de l'UE vous n'avez besoin d'aucun visa, seulement du certificat d'enregistrement à la mairie après trois mois. Le D8 concerne les télétravailleurs de pays tiers (Québec, Maghreb, Afrique francophone, Liban…). Les questions fiscales et de sécurité sociale du télétravail depuis le Portugal, elles, se posent à tout le monde : télétravailler depuis le Portugal.

Puis-je avoir des clients portugais ?

Le visa vise une activité prestée « de forma remota para fora do território nacional », pour des entités hors du Portugal. Une clientèle locale relève plutôt du visa D2 (activité indépendante), ou d'un changement de fondement du titre une fois résident.

Les revenus du couple s'additionnent-ils ?

Le seuil des quatre salaires minimums s'apprécie sur le demandeur principal ; le conjoint est couvert par un visa d'accompagnement avec la règle générale des moyens de subsistance (+ 50 %).

Que prouve le « document de résidence fiscale » ?

Que vous êtes, au moment de la demande, contribuable d'un autre pays : c'est l'attestation de résidence fiscale délivrée par votre administration (en France, par le service des impôts). Elle situe vos revenus et évite qu'on vous prenne pour un travailleur déjà installé sans titre.

Combien de temps puis-je m'absenter du Portugal avec un titre D8 ?

Moins de six mois d'affilée et moins de huit mois cumulés sur la validité du titre, faute de quoi l'AIMA peut l'annuler, sauf justification déposée avant le départ ; une activité professionnelle à l'étranger prouvée peut être admise comme motif.

Le D8 donne-t-il un avantage fiscal ?

Aucun en lui-même : c'est un titre d'immigration, pas un régime fiscal. Une fois résident, le nomade paie l'IRS au barème, avec le régime simplifié s'il est indépendant et l'IRS Jovem s'il a moins de 35 ans ; l'IFICI à 20 % ne concerne que des activités listées.

Sources officielles et références

  1. Portal Diplomático (MNE) — Vistos nacionais, documentação instrutória, Residência : visto de residência para o exercício de atividade profissional prestada de forma remota para fora do território nacional / Nómada Digital : salarié (contrat de travail ou déclaration de l'employeur attestant le lien) ou indépendant (contrat de société, contrat de prestation de services, ou document démontrant des services rendus à une ou plusieurs entités) ; preuve de revenus mensuels moyens des trois derniers mois d'au moins quatre rémunérations minimales mensuelles garanties ; document attestant la résidence fiscale ; le consulat peut demander des pièces supplémentaires ; documentation générale commune (formulaire, photos, passeport, assurance voyage, casier judiciaire apostillé, moyens de subsistance) — consulté le 18.9.2026
  2. Portal Diplomático (MNE) — Informação geral : le visa de séjour temporaire vaut pour des séjours de moins d'un an, pour la durée du séjour et à entrées multiples ; le visa pour obtenir une autorisation de résidence vaut deux entrées et quatre mois ; tableau des motifs : « trabalho remoto / nómada digital » ; Emolumentos 110 € ; Prazos : 60 jours pour un visa de résidence, 30 jours pour un séjour temporaire — consulté le 18.9.2026
  3. DGERT — Retribuição mínima mensal garantida para 2026 : 920 € (Decreto-Lei n.º 139/2025) — consulté le 18.9.2026
  4. Lei n.º 23/2007 (PGDL, texte consolidé) — artigo 58.º : visa de résidence à deux entrées et quatre mois, décision en 60 jours, pré-autorisation de résidence avec NIF, NISS et numéro SNS provisoires ; artigo 75.º : titre temporaire de deux ans, renouvelable par périodes de trois ans ; artigo 78.º : renouvellement 30 jours avant l'échéance, sous condition de moyens, de logement et d'obligations fiscales et sociales remplies, reçu valant titre 60 jours ; artigo 80.º : résidence permanente après cinq ans avec portugais de base ; artigo 85.º : annulation possible après six mois d'absence consécutifs ou huit mois cumulés — consulté le 18.9.2026
  5. AIMA — Tabela de taxas (Portaria n.º 307/2023) : réception et analyse 133,00 €, concession ou renouvellement d'une autorisation de résidence temporaire 114,30 €, −25 % par le canal numérique — consulté le 18.9.2026
  6. Código do IRS, artigo 12.º-B — IRS Jovem : exonération partielle des revenus du travail jusqu'à 35 ans (100 %, 75 %, 50 %, 25 % sur dix ans, plafond 55 × IAS), incompatible avec le RNH et l'IFICI — consulté le 18.9.2026
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