Avoir un bébé au Portugal : suivi de grossesse, congé parental, aides

Un enfant qui naît au Portugal, c'est un parcours proche du français sur le fond et différent dans presque tous les détails : le suivi au centre de santé, le congé partagé entre les parents, les allocations par échelons, la crèche gratuite, et deux administrations à prévenir.

Mis à jour le Faits vérifiés — sources en bas de page


En cinq repères

  • 120 à 180 jours Le congé parental initial, à partager entre les parents : 120 jours payés à 100 % de la rémunération de référence, 150 jours à 80 % (100 % si chaque parent en prend 30 en exclusivité), 180 jours à 83 ou 90 % avec partage ; 42 jours obligatoires pour la mère après l'accouchement.
  • 28 jours Le congé obligatoire du père, dans les 42 jours qui suivent la naissance (7 juste après), payé à 100 % ; 7 jours de plus s'il le souhaite, pendant le congé de la mère.
  • 0 € Le suivi de grossesse au centre de santé et à l'hôpital public : plus de taxes modératrices en soins primaires, et les femmes enceintes en sont exemptées aux urgences. Première consultation entre 6 et 10 semaines.
  • 190,98 € Par mois, l'allocation familiale maximale pour un enfant de moins de 3 ans (premier échelon de revenus), versée dès la 13ᵉ semaine de grossesse ; 88,43 € au quatrième échelon, rien au-delà de 18 287,50 € de revenu de référence.
  • Gratuite La crèche pour tous les enfants nés depuis le 1ᵉʳ septembre 2021, dans le réseau solidaire et les crèches privées adhérentes (programme Creche Feliz), à condition de trouver une place.

Le suivi de grossesse

Tout part du centre de santé (centro de saúde) où vous êtes inscrit avec votre numéro d’utilisateur du SNS (NIF, NISS et numéro d’utente). La norme de la Direction générale de la santé prévoit une première consultation entre 6 semaines et 9 semaines et 6 jours de grossesse, de préférence auprès du médecin de famille ; on vous remet le Boletim de Saúde da Grávida, le carnet de grossesse qui suit la future mère à chaque rendez-vous, et un plan de consultations, d’analyses et d’échographies. Une grossesse sans facteur de risque reste suivie en soins primaires jusqu’au bout ; entre 36 et 37 semaines, le centre de santé vous oriente vers l’hôpital où vous accoucherez pour une consultation à 39–40 semaines. En cas de risque (âge, antécédents, grossesse multiple, maladie chronique), le suivi passe à la consultation hospitalière d’obstétrique. Pour un problème hors rendez-vous, le réflexe est la ligne SNS 24 (808 24 24 24), qui oriente vers la consultation ouverte du centre de santé, la consultation du premier trimestre de l’hôpital ou les urgences d’obstétrique.

Tout cela est gratuit : les taxes modératrices ont disparu des consultations, analyses et échographies prescrites dans le SNS, et les femmes enceintes sont exemptées aux urgences. Le privé existe aussi, avec des obstétriciens qui suivent la grossesse et accouchent en clinique, pour ceux qui ont une assurance santé ou préfèrent payer (assurance santé au Portugal, la santé au Portugal). La norme garantit cette première consultation à toute femme enceinte, avec ou sans médecin de famille attribué : présentez-vous au centre de santé dès le test positif.

Côté travail, le Code du travail donne à la salariée enceinte le droit de s’absenter pour toutes les consultations prénatales (préparation à l’accouchement comprise), au père trois dispenses pour l’accompagner, et à la mère un congé en cas de risque clinique pendant la grossesse, sur certificat médical, si l’employeur ne peut pas lui proposer un poste compatible.

Le congé parental

Le Portugal ne connaît pas un congé maternité et un congé paternité séparés mais une licença parental inicial commune, de 120 ou 150 jours consécutifs, que les parents se partagent après l’accouchement, avec des périodes réservées à chacun ; l’indemnité (subsídio parental) est versée par la Sécurité sociale, pas par l’employeur.

Durée choisieCe qui est payéCondition
120 jours100 % de la rémunération de référence—
150 jours80 %Sans partage
150 jours100 %Chaque parent prend 30 jours consécutifs (ou 2 × 15) en exclusivité
180 jours83 % ou 90 %30 jours supplémentaires pour partage ; 90 % si chaque parent prend 60 jours (ou 2 × 30) en exclusivité
  • La mère doit prendre 42 jours après l’accouchement (elle peut en prendre jusqu’à 30 avant la date prévue) ; le reste se partage ou s’échange.
  • Le père doit prendre 28 jours dans les 42 jours qui suivent la naissance, dont 7 consécutifs juste après, en une fois ou par blocs de 7 jours minimum ; il peut ajouter 7 jours facultatifs pendant le congé de la mère. Ces jours du père sont toujours payés à 100 %, et deux jours de plus par jumeau.
  • Après 120 jours, le reste peut se prendre à mi-temps (les demi-journées comptent pour moitié).
  • La rémunération de référence est la moyenne des salaires des 6 mois les plus anciens des 8 derniers mois, hors primes de vacances et de Noël, divisée par 30 ; l’indemnité ne peut pas être inférieure à 14,32 € par jour, et elle est majorée de 2 % à Madère et aux Açores.
  • Condition : avoir cotisé 6 mois, consécutifs ou non, à la Sécurité sociale portugaise ou à un autre régime, y compris étranger : les mois travaillés en France comptent, le guide de la Sécurité sociale le dit explicitement, à condition de ne pas avoir un trou de 6 mois sans cotisation. Les indépendants (recibos verdes) ont le même droit s’ils ont cotisé (travailleur indépendant). Sans les 6 mois, il existe un subsídio social parental sous condition de ressources.

Après le congé initial : la mère qui allaite a droit à une dispense d’allaitement de deux fois une heure par jour tant qu’elle allaite (sur certificat après un an), et l’un ou l’autre parent à la même dispense jusqu’aux un an de l’enfant s’il n’y a pas d’allaitement ; chaque parent peut prendre une licença parental complementar (3 mois de congé ou 12 mois à mi-temps, jusqu’aux 6 ans de l’enfant) ; et un parent peut s’absenter 30 jours par an pour un enfant malade de moins de 12 ans. Les congés, dispenses et absences liés à la parentalité ne peuvent fonder aucune différence de salaire, et la demande se fait par écrit à l’employeur avec les préavis du Code (conditions de travail au Portugal, Sécurité sociale portugaise).

Déclarer la naissance

Au Portugal : l’enregistrement de la naissance est gratuit et obligatoire. Il se fait en ligne (avec la Chave Móvel Digital, le Cartão de Cidadão ou, pour un étranger, l’identification européenne eIDAS) ou sur place dans un service du Registo Civil, sur présentation de la déclaration de la maternité. On indique le nom des parents et des grands-parents et le nom de l’enfant, qui obéit à des règles : en principe jusqu’à deux prénoms et quatre noms de famille, choisis parmi ceux des parents, dans l’ordre que vous voulez (l’usage portugais met le nom de la mère avant celui du père, mais rien n’y oblige). Si les parents ne sont pas mariés, le père doit être présent pour reconnaître l’enfant. La même demande permet d’obtenir le premier Cartão de Cidadão du bébé, gratuit jusqu’à un an, avec ses numéros fiscal, de sécurité sociale et de santé ; l’acte de naissance arrive par la poste et une copie en PDF par e-mail.

En France : l’enfant de parents français est français ; il faut soit déclarer la naissance au consulat dans les 30 jours (présence d’un seul parent si vous êtes mariés, reconnaissance du père sinon), soit, passé ce délai ou pour éviter le déplacement, demander la transcription de l’acte portugais, gratuite, par courrier au service d’état civil du consulat, sans limite de temps mais indispensable pour le passeport ou la carte d’identité de l’enfant. Le nom peut être celui de l’acte portugais ou un choix de nom à la française (consulat de France au Portugal). Et la nationalité portugaise ? Un enfant né au Portugal de parents étrangers n’est portugais que si l’un des parents y résidait légalement depuis cinq ans au moment de la naissance, après la réforme de 2026 ; sinon, il pourra être naturalisé plus tard (nationalité par descendance).

Les allocations

L’abono de família est l’allocation familiale portugaise, versée par la Sécurité sociale par enfant et par mois, dès la 13ᵉ semaine de grossesse (abono pré-natal) puis jusqu’à la fin des études. Son montant dépend d’un revenu de référence : les revenus annuels de tout le ménage divisés par le nombre d’enfants à charge plus un. Barème 2026 (revenus 2025) :

Échelon (revenu de référence)Moins de 3 ans3 à 6 ansPlus de 6 ans
1ᵉʳ : jusqu’à 3 657,50 €190,98 €75,13 €75,13 €
2ᵉ : jusqu’à 7 315 €161,65 €75,13 €75,13 €
3ᵉ : jusqu’à 12 435,50 €132,07 €59,33 €54,35 €
4ᵉ : jusqu’à 18 287,50 €88,43 €44,77 €—

Au-delà (5ᵉ échelon), pas d’allocation. Le seuil se calcule vite : un couple à 40 000 € de revenus annuels avec un enfant a un revenu de référence de 20 000 €, donc rien ; avec deux enfants, 13 333 € : quatrième échelon, 88,43 € par mois pour chaque enfant de moins de 3 ans. Les familles du premier échelon reçoivent en plus la Garantia para a Infância. Conditions : résider au Portugal (titre ou visa de résidence pour les non-Européens), ne pas dépasser 128 911,20 € de patrimoine mobilier (comptes, actions, certificats d’épargne), et faire la demande dans l’espace Segurança Social Direta avec l’acte de naissance et les revenus. Attention à la coordination avec la France : en règle générale, les allocations de la CAF s’arrêtent quand la famille réside au Portugal, hors situations particulières comme le détachement (convention fiscale et sociale).

Sur la feuille d’impôts, chaque enfant à charge ouvre une déduction fixe d’IRS, majorée pour les moins de 3 ans, et les dépenses de santé et d’éducation se déduisent en partie (le système fiscal portugais).

Crèche, nounou, école

Depuis 2022, le Portugal rend la crèche gratuite par étapes : tous les enfants nés à partir du 1ᵉʳ septembre 2021 y ont droit, dans les crèches du réseau solidaire (IPSS, Misericórdias), les crèches familiales et les assistantes maternelles agréées par la Sécurité sociale, et, depuis 2023, dans les crèches privées adhérentes des communes où le réseau solidaire est plein. La place est le problème, pas le prix : les listes d’attente sont longues dans les grandes villes, et l’inscription se fait dès la grossesse. L’application Creche Feliz de la Sécurité sociale liste les crèches avec des places gratuites et permet de demander l’exonération. À défaut, une crèche privée non adhérente se paie de sa poche, et beaucoup de familles recourent à une ama (nounou) ou aux grands-parents. À 3 ans, l’enfant entre au jardim de infância (maternelle), gratuit dans le public, et à 6 ans à l’école primaire ; le choix entre école portugaise, lycée français et école internationale est dans écoles et système scolaire.

Questions fréquentes

Peut-on accoucher au Portugal sans être résident ?

Les urgences accueillent toute femme en travail, et une Européenne de passage est couverte par sa carte européenne d'assurance maladie pour les soins nécessaires. Mais le suivi de grossesse et l'accès au médecin de famille supposent l'inscription au SNS avec un numéro d'utente, donc une résidence déclarée ; c'est la première démarche à faire en arrivant.

Le père peut-il prendre plus de 28 jours ?

Oui : après ses 28 jours obligatoires et ses 7 jours facultatifs, il peut prendre une partie du congé parental initial à la place de la mère (au-delà de ses 42 jours obligatoires), en même temps qu'elle entre le 120ᵉ et le 150ᵉ jour, puis une licença parental complementar de 3 mois avant les 6 ans de l'enfant. Le partage augmente le taux d'indemnisation.

Mon enfant né au Portugal sera-t-il portugais ?

Pas automatiquement. Depuis la réforme de 2026, il faut qu'un parent ait résidé légalement au Portugal depuis cinq ans au moment de la naissance ; il est en revanche français par filiation dès la déclaration ou la transcription au consulat. Les détails et les autres cas sont dans la nationalité par descendance.

Les allocations familiales sont-elles versées à tout le monde ?

Non, contrairement aux allocations françaises sous conditions de ressources larges : au Portugal, le droit s'arrête au-delà d'un revenu de référence de 18 287,50 € par an et par « part » (revenus du ménage divisés par le nombre d'enfants plus un), ce qui exclut la plupart des ménages à deux salaires de cadres. L'abono pré-natal suit les mêmes échelons.

Sources officielles et références

  1. Instituto da Segurança Social — Guia prático Subsídio Parental Inicial (v1.43) : 120 ou 150 jours, 180 avec partage ; 100 % de la rémunération de référence pour 120 jours, 80 % pour 150 jours non partagés, 100 % pour 150 jours avec 30 jours pris exclusivement par chaque parent, 83 % ou 90 % pour 180 jours ; 42 jours obligatoires pour la mère après l'accouchement, 28 jours obligatoires pour le père dans les 42 jours suivant la naissance dont 7 immédiatement, + 7 facultatifs ; 6 mois de cotisations exigés (celles versées en France comptent) ; minimum 14,32 € par jour (IAS 2026 : 537,13 €) ; + 2 % dans les régions autonomes — consulté le 18.9.2026
  2. Instituto da Segurança Social — Guia prático Abono de Família para Crianças e Jovens : montants 2026 par échelon (jusqu'à 36 mois 190,98 / 161,65 / 132,07 / 88,43 € ; de 3 à 6 ans 75,13 / 75,13 / 59,33 / 44,77 € ; plus de 6 ans 75,13 / 75,13 / 54,35 €), échelons de revenu de référence 2025 (≤ 3 657,50 € ; ≤ 7 315 € ; ≤ 12 435,50 € ; ≤ 18 287,50 € ; au-delà : pas de droit), calcul (revenus annuels du ménage ÷ (enfants + 1)), plafond de patrimoine mobilier 128 911,20 €, condition de résidence (titre ou visa de résidence pour les étrangers hors accord) — consulté le 18.9.2026
  3. Instituto da Segurança Social — Guia prático Abono de Família Pré-Natal : versé dès la 13ᵉ semaine de grossesse, 190,98 / 161,65 / 132,07 / 88,43 € par mois selon l'échelon (doublé pour des jumeaux), à partir du mois suivant la 13ᵉ semaine — consulté le 18.9.2026
  4. Justiça.gov.pt — Registar nascimento : enregistrement gratuit et obligatoire, en ligne (Chave Móvel Digital, Cartão de Cidadão ou identification européenne eIDAS pour les étrangers) ou sur place au Registo Civil ; nom de l'enfant (en règle générale jusqu'à 2 prénoms et 4 noms de famille) ; premier Cartão de Cidadão gratuit jusqu'à 1 an (15 € ensuite) ; père non marié présent à l'enregistrement pour reconnaître l'enfant — consulté le 18.9.2026
  5. DGS — Norma n.º 001/2023, Organização dos cuidados de saúde na preconceção, gravidez e puerpério : première consultation de grossesse entre 6 et 9 semaines et 6 jours, de préférence au centre de santé ; Boletim de Saúde da Grávida ; grossesse à bas risque suivie en soins primaires ; orientation vers l'hôpital de l'accouchement à 36–37 semaines, consultation hospitalière à 39–40 semaines ; SNS 24 et consulta aberta pour les soins non programmés — consulté le 18.9.2026
  6. ERS — Taxas moderadoras do SNS, perguntas frequentes : fin des taxes modératrices en soins primaires et consultations hospitalières ; exemptions aux urgences (femmes enceintes, mineurs, entre autres) — consulté le 18.9.2026
  7. Código do Trabalho (Lei n.º 7/2009, texte consolidé PGDL) — art. 37 (congé en cas de risque clinique pendant la grossesse), 40 (licença parental inicial de 120 ou 150 jours, + 30 en cas de partage), 43 (28 jours obligatoires pour le père, + 7 facultatifs), 46 (dispense pour les consultations prénatales, 3 pour le père), 47 (dispense d'allaitement, deux périodes d'une heure par jour), 49 (absence pour enfant malade, 30 jours par an avant 12 ans), 51 (licença parental complementar : 3 mois ou temps partiel jusqu'aux 6 ans) — consulté le 18.9.2026
  8. Ambassade de France au Portugal — Naissance : déclaration au consulat dans les 30 jours ou transcription de l'acte portugais (gratuite, par courrier, sans délai) ; reconnaissance par le père si les parents ne sont pas mariés ; choix du nom — consulté le 18.9.2026
  9. Gov.pt — Aplicação Creche Feliz : crèche gratuite pour tous les enfants nés à partir du 1ᵉʳ septembre 2021 dans les crèches du réseau solidaire, les crèches familiales, les assistantes maternelles de la Sécurité sociale et les crèches privées adhérentes ; recherche des places et demande d'exonération via l'application — consulté le 18.9.2026
  10. Garantia para a Infância (gov.pt) — Creche Feliz, rede de creches gratuitas : extension depuis le 1ᵉʳ janvier 2023 aux crèches privées adhérentes dans les communes sans place gratuite du réseau solidaire — consulté le 18.9.2026
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