Incendies au Portugal : obligations du propriétaire, 50 m, feux

Acheter une maison de campagne au Portugal, c'est hériter d'une loi contre les feux de forêt écrite après 2017 : un périmètre à entretenir chaque printemps, des jours sans débroussailleuse, des brûlages sur autorisation. Ce que dit le décret-loi 82/2021, les normes techniques 2026 et les amendes.

Mis à jour le Faits vérifiés — sources en bas de page


En cinq repères

  • 50 mètres La bande à entretenir autour de toute maison habitée ou de tout bâtiment d'activité en territoire forestier (10 m en territoire agricole), par le propriétaire du terrain, qu'il soit ou non celui de la maison : c'est l'article 49 du décret-loi 82/2021.
  • 30 juin 2026 La date limite fixée cette année pour les travaux de la « rede secundária » (le tour des maisons), après prolongation ; chaque année, un arrêté fixe le calendrier, en général au printemps. Passé le délai, la mairie peut faire faire les travaux et vous envoyer la facture.
  • 2 – 10 – 5 Les trois chiffres des normes 2026 : 2 m de bande nue au ras des murs, houppiers à plus de 4 m les uns des autres dans les 10 premiers mètres, aucune branche à moins de 5 m du bâtiment ni au-dessus du toit ; pas de tas de bois contre la maison.
  • 150 à 25 000 € Les amendes pour un particulier selon la gravité (jusqu'à 125 000 € pour une société), la négligence étant toujours punissable ; contrôles par la GNR, l'ICNF et les mairies.
  • Jours rouges Quand l'IPMA classe la commune en danger « très élevé » ou « maximum » : ni feu, ni barbecue hors des lieux aménagés, ni cigarette en zone rurale, ni débroussailleuse ni tronçonneuse, ni fusées ; les brûlages de déchets verts sont de toute façon soumis à autorisation de juin à octobre.

La loi : à qui elle s’applique

Après les incendies meurtriers de 2017, le Portugal a refondu sa politique du feu dans un Sistema de Gestão Integrada de Fogos Rurais (décret-loi n.º 82/2021), qui s’applique à tout le territoire continental. Le cœur du texte pour un particulier est l’article 49, sur la « rede secundária » de bandes de gestion du combustible : quiconque détient un terrain à moins de 50 m d’un bâtiment habité (propriétaire, locataire, usufruitier) doit y gérer la végétation sur une bande de 50 m mesurée depuis les murs extérieurs quand elle traverse un territoire forestier, de 10 m quand elle traverse un territoire agricole. La bande se calcule depuis la maison, pas depuis la limite de la parcelle : votre voisin, si son bois arrive à 20 m de votre façade, est tenu de l’entretenir sur la partie concernée, et réciproquement. Autour des villages et lotissements en lisière de forêt, les terrains riverains doivent en outre être traités sur 100 m à partir de l’interface bâtie ; les campings, hôtels et zones industrielles entretiennent 100 m ; à l’intérieur des zones bâties, c’est le règlement municipal qui s’applique. Les annexes et petites constructions ne créent pas d’obligation.

Le calendrier est fixé chaque année par arrêté des ministres de la protection civile et des forêts ; en 2026, après une prolongation, les travaux de la rede secundária pouvaient se faire jusqu’au 30 juin, comme l’affichent les mairies. Si rien n’est fait, la mairie peut exécuter les travaux d’office, sous 30 jours dans les zones classées à danger élevé ou très élevé (60 jours ailleurs), et se faire rembourser ; le propriétaire doit laisser l’accès à son terrain. Et l’on peut être verbalisé en plus (maison pas chère au Portugal pour ce que cela implique à l’achat d’une ruine dans l’intérieur).

Les normes techniques 2026

Les règles concrètes sont dans le Despacho n.º 675/2026 du 21 janvier, résumées par l’agence du SGIFR :

ZoneCe qu’il faut faire
0 à 2 m des murs (« interface immédiate »)Aucun combustible de surface : ni litière, ni herbe, ni arbuste, ni branche ; une bande inerte (gravier, dalle, terre nue) chaque fois que possible, y compris autour des annexes, auvents et pergolas
2 à 10 m (« interface proche »)Arbres et arbustes éliminés ou éclaircis ; des sujets isolés peuvent rester si les houppiers sont à plus de 4 m les uns des autres et élagués sur la moitié de leur hauteur (jusqu’à 8 m de haut, puis 4 m de tronc nu au minimum) ; arbustes bas et discontinus
10 à 50 m (« interface élargie », jusqu’à la limite de la bande)Mêmes règles d’élagage, discontinuité verticale entre le sol et les cimes, arbustes sans continuité et sous la hauteur maximale de l’annexe I ; herbes contenues
Partout dans la bandeHouppiers à 5 m au moins du bâtiment et jamais au-dessus de la toiture (exception pour les arbres remarquables, avec précautions) ; aucun stockage de bois de chauffage, de résidus de taille ou de produits inflammables sauf isolé ; haies évitées, ou discontinues à plus de 5 m ; sur les pentes fortes et en zone de danger élevé, cultures irriguées, pâturage ou travail du sol encouragés ; essences caduques encouragées

Trois interdictions à connaître avant de sortir la tronçonneuse : la coupe ou l’élagage des chênes-lièges et chênes verts demande une autorisation de l’ICNF (le chêne-liège, arbre national, ne s’abat que mort ou malade : le liège au Portugal) ; le houx spontané ne se coupe pas ; les interventions au bord des cours d’eau (domaine public hydrique) relèvent de l’APA, et celles en zone protégée ou Natura 2000 de leurs règles propres. Le SGIFR conseille aussi l’évident : pas de bois empilé contre la maison, pas de clôtures en canisse ou en bruyère sèche, gouttières et toits nettoyés, grille pare-étincelles sur la cheminée, tuyaux d’arrosage vérifiés (rénover une maison, assurance habitation : l’assureur regarde ces bandes).

Le feu, les machines, les jours de danger

L’IPMA publie chaque jour un indice de danger d’incendie rural par commune, en cinq niveaux ; la Protection civile (ANEPC) le relaie avec ses avis à la population et déclare, l’été, des « situations d’alerte » sur des districts entiers. Les jours où votre commune est en danger « très élevé » ou « maximum », le décret-loi interdit :

  • tout feu en territoire rural : feux de camp et de fête, cigarettes, y compris sur les routes qui traversent la campagne ; la cuisine au feu n’est permise que dans les aires aménagées prévues pour cela (article 67) ;
  • les ballons à mèche et les fusées, et la pyrotechnie sauf licence ;
  • les débroussailleuses, gyrobroyeurs, tronçonneuses, meuleuses et tout appareil qui produit des étincelles ou de la chaleur, en territoire rural et autour des zones bâties (article 69), les travaux agricoles essentiels étant tolérés ; les machines agricoles à outils métalliques en contact avec le sol sont interdites de 11 h au coucher du soleil ;
  • les machines motorisées qui travaillent malgré tout doivent porter extincteur de 6 kg et pare-étincelles.

Le brûlage des déchets verts (queima de amontoados) n’est jamais libre : interdit les jours de danger très élevé ou maximum, il demande une autorisation de la mairie du 1ᵉʳ juin au 31 octobre et une simple communication préalable le reste de l’année ; le responsable ne quitte pas les lieux avant extinction complète, et un brûlage sans autorisation est assimilé à un feu intentionnel. Les queimadas (feux pastoraux sur pied) exigent un technicien accrédité. Beaucoup de mairies proposent des solutions de rechange : compostage, dépôts de biomasse, collecte.

Les amendes

L’article 72 punit les manquements par des contraventions en trois classes : légères (150 à 1 500 € pour un particulier, 500 à 5 000 € pour une société), graves (500 à 5 000 € ; 2 500 à 25 000 €) et très graves (2 500 à 25 000 € ; 12 500 à 125 000 €), la tentative et la négligence étant punissables. Le contrôle appartient à la GNR et à la PSP (bandes autour des maisons et zones bâties), à l’ICNF (réseaux primaire et tertiaire, activités en forêt) et aux mairies (zones bâties et rede secundária), qui contrôlent au printemps. Côté pénal, provoquer un incendie, même par négligence, relève du Code pénal.

Ce que ça change à l’achat et au quotidien

Avant d’acheter une maison isolée, regardez la carte de danger d’incendie rural de la commune (perigosidade « alta » ou « muito alta ») et mesurez la bande de 50 m sur le cadastre : si elle empiète sur les parcelles voisines, l’entretien dépendra d’eux ; si votre terrain est grand, comptez le coût annuel de l’entretien mécanique ou d’un berger. Renseignez-vous au Gabinete Técnico Florestal de la mairie, qui connaît le calendrier, les règles municipales à l’intérieur des villages et les aides. En été, ayez le réflexe de l’indice IPMA avant de tondre, de faire un barbecue ou de partir marcher en forêt (l’accès aux zones prioritaires de prévention peut être interdit les jours rouges, article 68), et le 112 en cas de fumée (sécurité au Portugal, le camping-car pour les règles de feu en voyage, randonnée).

Questions fréquentes

Ma maison est en ville ou en lotissement : suis-je concerné ?

À l'intérieur d'une zone bâtie, c'est le règlement municipal qui s'applique, souvent plus léger ; mais si votre lotissement borde la forêt, les terrains riverains sont soumis à la bande de 100 m, et une maison isolée en bout de village relève des 50 m. Demandez au Gabinete Técnico Florestal de votre mairie où passe la limite.

Le terrain des 50 mètres ne m'appartient pas : que faire ?

L'obligation pèse sur celui qui détient le terrain, pas sur l'occupant de la maison : votre voisin doit entretenir la partie de la bande qui traverse sa parcelle. En pratique, signalez-le à la mairie par écrit avant le délai ; elle peut le mettre en demeure, puis faire exécuter d'office à ses frais. Et entretenez votre propre part sans attendre.

Puis-je brûler mes branches après la taille ?

Pas sans formalité : autorisation de la mairie entre le 1ᵉʳ juin et le 31 octobre, déclaration préalable le reste de l'année, jamais un jour de danger très élevé ou maximum, et présence obligatoire jusqu'à extinction. Beaucoup de communes préfèrent que vous déposiez les résidus à leur point de collecte ou que vous les broyiez.

Que risque-t-on si l'on ne débroussaille pas ?

Une contravention (de 150 € à 25 000 € pour un particulier selon la classe), l'exécution des travaux par la mairie à vos frais, une assurance qui peut discuter l'indemnisation, et surtout une maison indéfendable le jour où le feu passe : les pompiers protègent d'abord les habitations dont les abords sont dégagés.

Sources officielles et références

  1. Decreto-Lei n.º 82/2021, de 13 de outubro — Sistema de Gestão Integrada de Fogos Rurais (SGIFR) : art. 49.º n.º 7 (propriétaires et occupants de terrains à moins de 50 m d'un bâtiment habité : gestion du combustible sur 50 m en territoire forestier, 10 m en territoire agricole), n.º 6 (100 m autour des zones bâties bordant la forêt), n.º 10 et 13 (exécution d'office par la mairie sous 30 ou 60 jours et remboursement des frais) ; art. 66.º (brûlage de tas : interdit les jours de danger « très élevé » ou « maximum », autorisation de la mairie du 1ᵉʳ juin au 31 octobre, simple communication le reste de l'année ; feux de camp interdits ces jours-là) ; art. 67.º (interdiction de fumer et de faire du feu en territoire rural, ballons et fusées interdits, pyrotechnie sur licence) ; art. 69.º (extincteurs et pare-étincelles sur les machines, débroussailleuses et tronçonneuses interdites les jours de danger très élevé ou maximum, machines agricoles à contact métallique interdites de 11 h au coucher du soleil) ; art. 71.º (contrôle par la GNR, la PSP, l'ICNF, les mairies) ; art. 72.º (amendes : 150–1 500 €, 500–5 000 € et 2 500–25 000 € pour les particuliers selon la gravité, cinq fois plus pour les personnes morales ; négligence toujours punissable) — consulté le 18.9.2026
  2. SGIFR / AGIF — Gestão de combustível (limpeza de terrenos) : normes techniques du Despacho n.º 675/2026 de 21 janvier : bande de 2 m autour des murs sans aucun combustible (bande inerte si possible, annexes et pergolas compris) ; de 2 à 10 m, arbres et arbustes éliminés ou éclaircis, houppiers distants de plus de 4 m, élagage à 50 % de la hauteur jusqu'à 8 m puis 4 m minimum ; au-delà de 10 m jusqu'à la limite de la bande, mêmes règles d'élagage, discontinuité verticale et horizontale, hauteur maximale des arbustes ; houppiers à 5 m au moins des bâtiments et jamais au-dessus du toit ; aucun stockage de bois, de résidus ou de produits inflammables dans la bande ; haies à plus de 5 m ; coupe ou élagage des chênes-lièges et chênes verts sur autorisation de l'ICNF ; à défaut, la mairie fait exécuter les travaux aux frais du propriétaire — consulté le 18.9.2026
  3. Câmara Municipal de Montemor-o-Velho — Gestão de combustíveis 2026 : travaux de la rede secundária possibles jusqu'au 30 juin 2026 (éditaux n.º 64 et 65/2026) ; obligation de 50 m en territoire forestier et 10 m en territoire agricole autour des bâtiments isolés — consulté le 18.9.2026
  4. IPMA — Risco de incêndio rural (RCM) : indice quotidien de danger d'incendie par commune, cinq niveaux (réduit à maximum) — consulté le 18.9.2026
  5. ANEPC, Proteção Civil — Perigo de incêndio rural : redoubler de précaution les jours de danger « très élevé » ou « maximum » ; occurrences actives ; en cas d'urgence, appeler le 112 — consulté le 18.9.2026
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