IRS Jovem : l'exonération d'impôt des moins de 35 ans, mode d'emploi

Un salarié ou un indépendant de 35 ans au plus paie beaucoup moins d'impôt au Portugal : l'IRS Jovem exonère 100 % de ses revenus du travail la première année, puis 75, 50 et 25 %, pendant dix ans, jusqu'à 55 fois l'IAS. Qui y a droit, le décompte des années, la paie, le cas des Français.

Mis à jour le Faits vérifiés — sources en bas de page


Les repères

  • 100 → 25 % La part des salaires et revenus d'indépendant exonérée d'IRS : 100 % la première année de revenus, 75 % de la deuxième à la quatrième, 50 % de la cinquième à la septième, 25 % de la huitième à la dixième (article 12.º-B du Code de l'IRS).
  • 35 ans L'âge maximal, apprécié au 31 décembre de l'année des revenus ; il faut aussi ne plus être compté comme personne à charge de ses parents. Le compteur des dix ans part de la première année de revenus du travail, même avant 2025.
  • 29 542 € Le plafond de revenu exonéré en 2026 (55 fois l'IAS de 537,13 €) ; 28 737,50 € en 2025. Au-delà, le revenu est imposé normalement.
  • 65 € au lieu de 262 € La retenue mensuelle sur un salaire brut de 1 800 € en quatrième année (75 % d'exonération), d'après l'exemple officiel de l'AT : l'avantage se voit sur la fiche de paie, à condition de prévenir l'employeur.
  • Jamais RNH ni IFICI Qui a bénéficié du statut de résident non habituel ou de l'IFICI, même une seule année, est exclu à vie ; le régime des ex-résidents (50 % d'exclusion pendant 5 ans) est l'autre option, incompatible.

Ce que c’est

L’IRS Jovem est un régime d’exonération partielle de l’impôt sur le revenu (IRS) réservé aux personnes de 35 ans au plus, sur leurs revenus du travail salarié (catégorie A) et d’activité indépendante ou commerciale (catégorie B). Il existe depuis 2020 sous des formes plus timides ; la loi de finances pour 2025 (Lei 45-A/2024) l’a élargi à sa version actuelle, inscrite à l’article 12.º-B du Code de l’IRS, applicable aux revenus perçus depuis le 1ᵉʳ janvier 2025. Le principe : pendant les dix premières années où l’on gagne un revenu du travail, une fraction de ce revenu échappe à l’impôt.

Année de revenusPart exonérée
1ʳᵉ année100 %
2ᵉ, 3ᵉ, 4ᵉ75 %
5ᵉ, 6ᵉ, 7ᵉ50 %
8ᵉ, 9ᵉ, 10ᵉ25 %

Le revenu exonéré est plafonné chaque année à 55 fois l’IAS (l’indexant des prestations sociales) : 28 737,50 € en 2025, 29 542 € en 2026. Un salaire de 40 000 € brut en première année est donc exonéré à hauteur de 29 542 €, et les 10 458 € restants sont imposés. Précision qui compte pour qui a d’autres revenus : la part exonérée reste prise en compte pour déterminer le taux appliqué au reste (article 22, n.º 4), ce que les Portugais appellent l’englobamento ; elle n’est pas taxée, mais elle pousse les autres revenus (loyers, pension, revenus étrangers) dans une tranche plus haute. Le barème lui-même est dans le système fiscal portugais.

Qui y a droit

Trois conditions, à remplir ensemble chaque année :

  • avoir 35 ans au plus au 31 décembre de l’année des revenus (un contribuable qui a 35 ans le 31 décembre 2026 est éligible pour 2026, pas pour 2027) ;
  • percevoir des revenus des catégories A ou B ; les autres revenus (loyers, capitaux, pensions) ne sont pas concernés ;
  • être contribuable à part entière, c’est-à-dire ne pas être déclaré comme personne à charge (dependente) dans le foyer de ses parents.

Et quatre exclusions, sans rattrapage possible : avoir bénéficié, à n’importe quel moment, du statut de résident non habituel (RNH) ou de l’IFICI, son successeur (IFICI, le RNH 2.0) ; avoir opté pour le régime des ex-résidents (voir plus bas) ; avoir une situation fiscale non régularisée (dettes ou déclarations en retard). Les pourboires et gratifications versés par des tiers, imposés à un taux spécial, restent hors du régime.

La nationalité n’entre pas en ligne de compte : un Français résident fiscal au Portugal y a droit comme un Portugais, dès l’année de son installation s’il remplit les conditions. Pour devenir résident fiscal, être présent plus de 183 jours ou avoir son habitation principale au Portugal (résidence fiscale et convention France–Portugal).

Comment se comptent les dix années

C’est le point délicat, et le dépliant de l’AT y consacre onze cas pratiques. Le compteur démarre à la première année où l’on a perçu un revenu du travail en tant que contribuable, même si c’était avant 2025 et même si l’on n’a jamais demandé le régime. Chaque année suivante avec un revenu de catégorie A ou B compte pour une année de plus, et le pourcentage d’exonération dépend de ce rang, pas du nombre d’années où l’on a effectivement bénéficié du régime. Trois types d’années ne comptent pas et repoussent la fin des dix ans : les années sans revenu du travail (chômage, études, bourse de recherche), les années où l’on était personne à charge de ses parents, et les années où l’on était dispensé de déclaration. Mais rien ne repousse la limite des 35 ans.

Exemples tirés du dépliant :

  • Un jeune qui a commencé à travailler en 2022 à 23 ans, sans jamais avoir été à charge, est en 2025 dans sa quatrième année : 75 % d’exonération, puis 50 % en 2026, 2027 et 2028, 25 % de 2029 à 2031, et plus rien en 2032 même s’il n’a que 33 ans.
  • Un jeune qui travaille depuis 2017, avec un an de chômage en 2022, est en 2025 dans sa huitième année : 25 % jusqu’à ses 35 ans en 2026, puis plus rien.
  • Un doctorant qui a perçu son premier salaire en 2024 à 30 ans, puis rien en 2025, reprend en 2026 dans sa deuxième année (75 %) ; le régime s’arrête l’année de ses 36 ans.
  • Ceux qui ont profité des anciennes versions du régime (2020–2024) continuent avec le nouveau, au rang correspondant à leur nombre total d’années de revenus.

Pour un Français qui arrive après avoir travaillé en France, la loi parle des « dix premières années d’obtention de revenus » sans préciser le pays, et le dépliant décompte les années déclarées au Portugal en tant que contribuable ; l’AT indique elle-même, dans la déclaration pré-remplie, si elle considère que l’on peut bénéficier du régime et à quel rang. Avant de cocher l’option avec plusieurs années de salaires français derrière soi, le plus sûr est de poser la question par écrit à l’AT (e-balcão sur le Portal das Finanças) ou de demander une information contraignante (informação vinculativa) : une exonération appliquée à tort se redresse avec intérêts.

Sur la fiche de paie : prévenir l’employeur

L’exonération ne s’obtient pas seulement au moment de la déclaration : elle se répercute chaque mois sur la retenue à la source, à condition que le salarié informe son employeur qu’il remplit les conditions et lui indique son rang d’année de revenus (article 99.º-F). Il n’existe pas de formulaire officiel ; un e-mail suffit, dit l’AT, et l’employeur n’a pas à vérifier que le salarié n’est pas à charge de ses parents. L’employeur calcule alors le taux de retenue qui s’appliquerait à la totalité du salaire, puis ne l’applique qu’à la part non exonérée, dans la limite d’un plafond mensuel égal au plafond annuel divisé par 14 (2 052,68 € en 2025).

Les exemples officiels, avec les tables de retenue 2025 et un célibataire sans enfant :

Salaire brutRetenue normaleRetenue IRS Jovem
1 800 € (4ᵉ année)262,01 €65 €
3 000 € (4ᵉ année)696,57 €219 €
3 000 € (7ᵉ année)675,14 €*337 €

* Marié, deux titulaires, un enfant. Sur 1 800 € brut en quatrième année, la part exonérée (75 %) est de 1 350 €, la retenue de 14,56 % ne porte que sur 450 €. Sur 3 000 €, la part exonérée théorique (2 250 €) dépasse le plafond mensuel, ramené à 2 052,68 € ; la retenue de 23,22 % porte sur les 947,32 € restants. Le salarié peut demander une retenue plus élevée s’il préfère éviter une régularisation. Ces retenues sont des acomptes : le compte définitif se fait avec la déclaration de l’année suivante, et il peut y avoir un complément ou un remboursement. La cotisation de Sécurité sociale de 11 % n’est pas touchée par le régime (du brut au net, la Sécurité sociale portugaise).

Un indépendant (recibos verdes) bénéficie de la même exonération sur ses revenus de catégorie B ; la retenue à la source de ses clients, quand elle existe, suit la même logique (travailleur indépendant au Portugal).

Dans la déclaration

L’IRS Jovem est une option annuelle : on la coche chaque année dans la déclaration Modelo 3 (avril à juin), et l’AT signale dans le pré-remplissage, ou dans l’IRS automático pour ceux qui y ont droit, qu’elle considère le contribuable éligible et à quel rang. Ne pas cocher une année n’annule pas le régime pour les suivantes, mais l’année compte quand même dans les dix. Le régime figure parmi les rares avantages fiscaux compatibles avec la déclaration automatique (déclarer ses revenus au Portugal).

L’autre régime : les ex-résidents

Pour qui a déjà vécu au Portugal (les enfants de l’émigration qui reviennent, typiquement), l’article 12.º-A prévoit un régime distinct : 50 % des revenus du travail salarié et des revenus professionnels sont exclus de l’impôt pendant cinq ans, dans la limite de 250 000 €, pour qui devient résident fiscal jusqu’en 2026, n’a été résident au Portugal dans aucune des cinq années précédentes, l’a été à un moment quelconque auparavant, et a sa situation fiscale en ordre. Il est fermé à qui a demandé le statut de RNH, et il est incompatible avec l’IRS Jovem : un jeune franco-portugais né au Portugal et revenu en 2026 doit choisir. À rang d’année égal, l’IRS Jovem est plus avantageux les quatre premières années (100 puis 75 %) et sur dix ans ; le régime des ex-résidents l’emporte pour qui est déjà dans ses années à 25 %, pour qui a plus de 35 ans, ou pour les hauts revenus grâce à son plafond de 250 000 €. Sur la paie, l’employeur retient l’impôt sur la moitié du salaire.

Ce que ça change pour un jeune Français

Avec des salaires portugais de 1 000 à 2 000 € brut, l’impôt est déjà faible ; l’IRS Jovem le fait presque disparaître les premières années, ce qui rapproche le net portugais du net français pour un premier emploi (le SMIC portugais, les métiers les mieux payés). Pour un télétravailleur salarié d’une entreprise française installé au Portugal, il s’applique aussi à son salaire déclaré au Portugal en catégorie A, sans retenue mensuelle faute d’employeur portugais (télétravail depuis le Portugal) ; il ne se cumule pas avec l’IFICI, et c’est un choix définitif dans un sens comme dans l’autre. Les étudiants qui enchaînent sur un premier emploi au Portugal partent avec le compteur à zéro (étudier au Portugal). Les conditions d’installation elles-mêmes, du NIF à l’inscription à la Sécurité sociale : s’installer au Portugal pour travailler.

Questions fréquentes

L'IRS Jovem s'applique-t-il aux étrangers ?

Oui. L'article 12.º-B ne pose aucune condition de nationalité : il faut être résident fiscal au Portugal, avoir 35 ans au plus au 31 décembre, percevoir des revenus du travail et ne pas être à la charge de ses parents. Un Français salarié à Lisbonne y a droit dès sa première déclaration portugaise.

Mes années de travail en France comptent-elles dans les dix ans ?

La loi parle des dix premières années d'obtention de revenus sans mentionner le pays, et le dépliant de l'AT compte les années déclarées au Portugal comme contribuable ; l'administration indique dans la déclaration pré-remplie le rang qu'elle retient. En cas de doute, demandez une réponse écrite à l'AT avant de cocher l'option.

Que se passe-t-il l'année de mes 36 ans ?

Le régime s'arrête : l'âge s'apprécie au 31 décembre de l'année des revenus, et 36 ans au 31 décembre exclut toute l'année, même s'il reste des années de revenus non utilisées sur les dix.

Faut-il choisir entre IRS Jovem et IFICI ?

Oui, et le choix est irréversible : qui a bénéficié de l'IFICI (ou du RNH) ne peut plus jamais demander l'IRS Jovem. L'IFICI taxe les revenus éligibles à 20 % pendant dix ans ; l'IRS Jovem exonère 100 %, 75 %, 50 % puis 25 % jusqu'à 29 542 € par an. Pour un salaire moyen, l'IRS Jovem gagne ; pour un très haut salaire dans une activité éligible, l'IFICI.

Le plafond de 55 × IAS, c'est du revenu ou de l'impôt ?

Du revenu : c'est le montant maximal de revenu du travail qui peut être exonéré dans l'année, 29 542 € en 2026. Sur un salaire de 35 000 € en première année, 29 542 € sont exonérés et 5 458 € imposés au barème, avec un taux calculé comme si la totalité était imposable.

Dois-je faire quelque chose auprès de l'AT pour en bénéficier ?

Rien d'autre que cocher l'option dans la déclaration annuelle ; il n'y a pas d'inscription préalable. Pour en profiter sur la paie dès maintenant, informez votre employeur par écrit que vous remplissez les conditions et indiquez-lui votre rang d'année de revenus.

Sources officielles et références

  1. Código do IRS, artigo 12.º-B — Isenção de rendimentos das categorias A e B (rédaction de la Lei n.º 45-A/2024, de 31 de dezembro) : jusqu'à 35 ans, non dépendant, dix premières années de revenus, option dans la déclaration ; 100 % / 75 % (2ᵉ–4ᵉ) / 50 % (5ᵉ–7ᵉ) / 25 % (8ᵉ–10ᵉ) avec limite de 55 × IAS ; englobement des revenus exonérés pour le taux (art. 22 n.º 4) ; l'AT informe le contribuable dans la déclaration automatique ou le pré-remplissage ; exclus : RNH et IFICI passés ou présents, option pour le régime des ex-résidents (art. 12.º-A), situation fiscale non régularisée ; norme transitoire art. 116 n.º 2 de la Lei 45-A/2024 (les années comme dépendant ne comptent pas) — consulté le 18.9.2026
  2. AT — Folheto IRS Jovem 2025 (PDF, 20 pages) : régime applicable aux revenus de 2025 et suivants, 35 ans au 31 décembre, catégories A et B, limite 55 × IAS = 28 737,50 € en 2025 (IAS 522,50 €, Portaria n.º 6-B/2025/1) ; option annuelle dans la déclaration ; décompte des dix années depuis la première année de revenus du travail hors qualité de dépendant, même avant 2025 ; les années sans revenus A/B, comme dépendant ou dispensées de déclaration ne comptent pas ; onze cas pratiques ; communication à l'employeur sans formulaire officiel (art. 99.º-F n.º 5, par e-mail) ; calcul de la retenue à la source : taux calculé sur la totalité du revenu (tables du Despacho n.º 236-A/2025) appliqué à la seule part non exonérée, plafond mensuel 2 052,68 € (28 737,50 € ÷ 14) ; exemples 1 800 € (retenue 65 € au lieu de 262,01 €), 3 000 € (219 € au lieu de 696,57 €), couple avec un enfant ; les gratifications non versées par l'employeur sont exclues ; IRS automático possible (Decreto Regulamentar n.º 5-A/2026) — consulté le 18.9.2026
  3. Código do IRS, artigo 99.º-F — Tabelas de retenção na fonte, n.os 4 et 5 : l'entité qui retient applique le taux résultant des tables pour la totalité des revenus, exonérés compris, à la seule part non exonérée ; le contribuable invoque le régime auprès de l'employeur en indiquant l'année d'obtention de revenus — consulté le 18.9.2026
  4. Código do IRS, artigo 12.º-A — Regime fiscal aplicável a ex-residentes (rédaction de la Lei n.º 82/2023) : exclusion de 50 % des revenus du travail dépendant et des revenus professionnels pendant 5 ans, jusqu'à la limite supérieure du premier échelon de l'art. 68.º-A (250 000 €), pour qui devient résident jusqu'en 2026, n'a été résident dans aucune des cinq années précédentes, l'a été auparavant et a sa situation fiscale régularisée ; exclu si inscription comme RNH demandée ; retenue à la source sur la moitié des revenus (Lei 12/2022, art. 280.º n.º 2) — consulté le 18.9.2026
  5. Código do IRS, artigo 68.º-A — Taxa adicional de solidariedade : 2,5 % de 80 000 à 250 000 €, 5 % au-delà de 250 000 € — consulté le 18.9.2026
  6. Código do IRS, artigo 22.º, n.º 4 — Englobamento : les revenus exonérés sont toujours inclus pour déterminer le taux applicable aux autres revenus lorsque la loi impose leur englobement — consulté le 18.9.2026
  7. APCMC — IAS para 2026 fixado em 537,13 € (indexante dos apoios sociais 2026, +2,8 %) — consulté le 18.9.2026
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