Le fado : ce que c'est, où l'écouter à Lisbonne et à Coimbra

Une voix, deux guitares, une taverne qui se tait : le fado est la musique que le Portugal a donnée au monde, née dans les quartiers pauvres de Lisbonne au XIXᵉ siècle et classée par l'UNESCO en 2011. Il ne se comprend pas sur disque ; il s'écoute à un mètre du chanteur. Où, comment, et à quel prix.

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Salle du Fado Vadio, avec ses tables et ses photos d'artistes

Le fado en quatre repères

  • 2011 Inscription du fado sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité, comme « chant populaire urbain du Portugal ».
  • 12 cordes La guitarra portuguesa, cithare en forme de poire aux cordes métalliques, propre au Portugal, qui accompagne la voix avec la guitare classique (la viola).
  • 5 € L'entrée du musée du Fado, à Alfama, ouvert du mardi au dimanche de 10 h à 18 h ; gratuit jusqu'à 12 ans.
  • Silence La seule règle qui compte : on ne parle pas, on ne mange pas, on ne photographie pas pendant qu'on chante. Les serveurs s'arrêtent aussi.

D’où il vient

Le fado est né à Lisbonne au début du XIXᵉ siècle, dans les quartiers du port et de la Mouraria, d’une synthèse que l’UNESCO résume ainsi : des danses chantées afro-brésiliennes, des chants et danses traditionnels locaux, les musiques rurales apportées par les migrations intérieures et le chant urbain cosmopolite de l’époque. Il s’est fixé au milieu du siècle avec ses figures légendaires, s’est embourgeoisé, a connu la radio et le cinéma, puis Amália Rodrigues (1920–1999), qui l’a porté dans le monde entier et lui a donné ses poètes. Chanté seul, homme ou femme, sur des poèmes qui parlent de destin (fado vient du latin fatum), d’absence, de la ville, de la mer et de l’amour, il se joue à deux guitares au moins, aujourd’hui souvent trois (deux guitares portugaises et une viola, parfois une basse). Deux mondes coexistent : les professionnels des concerts et des maisons de fado, et les amateurs des associations de quartier, où les anciens forment les jeunes, souvent dans les mêmes familles. Depuis les années 2000, une génération (Mariza, Camané, Ana Moura, Carminho, Gisela João…) l’a fait entrer dans les grandes salles sans le sortir des tavernes.

Où l’écouter à Lisbonne

  • Les maisons de fado (casas de fado) d’Alfama, de la Mouraria et du Bairro Alto : dîner-spectacle, chanteurs professionnels qui se succèdent par séries de trois fados, réservation conseillée, addition d’un restaurant avec spectacle. Les plus anciennes existent depuis des décennies et leurs murs sont tapissés de photos de fadistes ; c’est là qu’on entend les voix confirmées, dans un cadre soigné. La liste des maisons est tenue par le musée du Fado.
  • Le fado vadio (« vagabond », amateur) dans les tavernes et les associations d’Alfama, de la Graça et de la Mouraria : on paie son verre ou une assiette, n’importe qui peut se lever et chanter, la qualité varie et l’émotion aussi ; c’est le fado tel qu’il vit, pas tel qu’il se vend. Le patron annonce « silêncio, que se vai cantar o fado », et on se tait.
  • Le musée du Fado, Largo do Chafariz de Dentro, au bas d’Alfama près de Santa Apolónia : l’histoire, les guitares, les voix à écouter au casque (audioguides en français), mardi–dimanche 10 h–18 h, 5 €. Sa boutique et son centre de documentation sont la référence ; il organise aussi des concerts.
  • La Casa-Museu Amália Rodrigues, Rua de São Bento 193 (quartier de São Bento, près de Príncipe Real) : la maison où la chanteuse a vécu plus de quarante ans, ouverte au public depuis 2001, se visite en visite guidée (objets, robes, jardin, concerts l’été).
  • Les concerts : salles de la ville (Coliseu, CCB, Casa da Música à Porto) pour les grandes voix ; festivals l’été.

Les quartiers, les adresses et les nuits sont dans Alfama, Príncipe Real et la vie nocturne à Lisbonne.

Le fado de Coimbra

Autre ville, autre fado : à Coimbra, il est chanté par des hommes en cape noire, anciens ou actuels étudiants, sur la guitare de Coimbra, plus grave, et il parle des études, de la ville et des amours estudiantines plus que du destin. On l’entend en sérénade dans les rues de la vieille ville, aux fêtes de l’université (la Queima das Fitas en mai) et dans deux ou trois maisons de la haute ville qui donnent des concerts quotidiens d’une heure. On y applaudit en toussant, comme les étudiants. Voir Coimbra.

Comment se tenir, ce que ça coûte

Dans une maison de fado, on réserve, on arrive pour le dîner (vers 20 h–20 h 30), on dîne entre les séries et on se tait pendant : les téléphones rangés, pas de photo au flash, pas de conversation ; les applaudissements viennent à la fin de chaque fado, jamais au milieu. Comptez le prix d’un dîner au restaurant plus un supplément spectacle, très variable ; les tavernes de fado vadio sont bien moins chères et sans réservation, mais on ne choisit pas qui chantera. Les enfants sont acceptés dans les maisons de fado avec leurs parents ; la soirée finit tard (minuit et au-delà), et le dernier métro passe vers 1 h (les transports de Lisbonne).

Pour comprendre ce qu’on écoute, quelques mots suffisent : saudade (la nostalgie de ce qui manque), fadista (le chanteur ou la chanteuse), guitarrista (le joueur de guitare portugaise), fado menor, corrido, mouraria (les trois formes traditionnelles sur lesquelles on improvise), desgarrada (le duel chanté). Le reste de la culture, du cante alentejano aux musiques des anciennes colonies, est dans la culture portugaise ; la langue, dans apprendre le portugais.

Questions fréquentes

Maison de fado ou fado vadio pour une première fois ?

Une maison de fado si vous voulez être sûr d'entendre de bonnes voix dans de bonnes conditions, et dîner ; une taverne de fado vadio si vous préférez l'ambiance de quartier, le hasard et un budget léger. Beaucoup de visiteurs font les deux : la maison un soir, la taverne un autre.

Le fado, c'est triste ?

Pas seulement : il y a des fados de fête, d'ironie et de Lisbonne, des « fados corridos » rapides ; la mélancolie (la saudade) est une couleur dominante, pas une obligation. Le fado de Coimbra est souvent plus lyrique que triste.

Peut-on apprendre la guitare portugaise ?

Oui : le musée du Fado a une école avec un cours libre de guitare portugaise, et des professeurs particuliers enseignent à Lisbonne et Coimbra ; les instruments se fabriquent encore à la main chez quelques luthiers portugais.

Sources officielles et références

  1. UNESCO — Le fado, chant populaire urbain du Portugal (inscrit en 2011 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité ; description du genre, de la guitare portugaise, des maisons de fado et des associations d'amateurs) — consulté le 18.9.2026
  2. Museu do Fado (Lisbonne, Largo do Chafariz de Dentro 1) — horaires mardi–dimanche 10 h–18 h (dernière entrée 17 h 30), fermé 1ᵉʳ janvier, 1ᵉʳ mai, 24, 25 et 31 décembre ; billets 5 € (2,50 € de 13 à 25 ans, 4 € seniors, gratuit jusqu'à 12 ans) ; audioguides en français — consulté le 18.9.2026
  3. Fundação Amália Rodrigues — Casa-Museu Amália Rodrigues (Rua de São Bento 193, Lisbonne ; ouverte au public depuis 2001, visites guidées ; fondation instituée par testament en 1997, créée le 10.12.1999) — consulté le 18.9.2026
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