Les azulejos du Portugal : histoire, où les voir, où en acheter

Bleu et blanc sur les églises, jaunes et verts sur les façades, abstraits dans le métro : les carreaux de faïence habillent le Portugal depuis le XVIᵉ siècle, et nulle part ailleurs on ne les a autant utilisés. D'où ils viennent, comment les lire, où les voir, et ce que dit la loi qui les protège.

Mis à jour le Faits vérifiés — sources en bas de page


Miradouro de Santa Luzia et ses azulejos, à Alfama

Les azulejos en quatre chiffres

  • XVᵉ siècle Les premiers carreaux, hispano-mauresques, importés d'Espagne pour les palais ; le mot vient de l'arabe al-zuléig, par l'espagnol. La production portugaise commence au XVIᵉ siècle.
  • 1965 Création du Museu Nacional do Azulejo, dans le couvent de la Madre de Deus à Lisbonne (musée national en 1980) — fermé au public pour travaux en 2026.
  • 1959 Ouverture du métro de Lisbonne, dont les stations sont revêtues d'azulejos dessinés par Maria Keil : l'azulejo entre dans l'art public du XXᵉ siècle.
  • 2017 La loi 79/2017 interdit de retirer les azulejos d'une façade sans licence et permet de refuser la démolition des façades revêtues : réponse à des décennies de vols et de destructions.

Cinq siècles en un tableau

PériodeCe qu’on voitOù le voir
XVᵉ–début XVIᵉCarreaux hispano-mauresques importés de Séville, motifs géométriques, techniques de corde sèche et d’arêtePalais national de Sintra
XVIᵉDébut de la production portugaise, faïence majolique peinte, retables et panneaux figuratifs (Retábulo de Nossa Senhora da Vida, 1580)Collection du musée national
XVIIᵉGrands « tapis » polychromes (bleu, jaune, vert) qui couvrent les murs d’églises, panneaux de chasse et de fables (Caça ao Leopardo, 1650–1655)Églises et couvents de tout le pays, université d’Évora
Fin XVIIᵉ–XVIIIᵉLe bleu et blanc, influence de Delft, ateliers de peintres signant leurs œuvres, scènes narratives monumentales (Grande Panorama de Lisboa avant 1755, Lição de Dança vers 1707)Palais Fronteira, São Vicente de Fora, cloître de la Sé de Porto, miradouro de Santa Luzia
Après 1755Reconstruction de Lisbonne : carreaux à motifs simples produits en série pour la Baixa pombalineBaixa de Lisbonne
XIXᵉL’azulejo sort à l’extérieur : façades d’immeubles couvertes de carreaux industriels, mode venue du Brésil ; fabriques de Lisbonne, Porto, AveiroRues de Lisbonne, Porto, Aveiro, Ovar
XXᵉGrands panneaux historiques (gare de São Bento à Porto, Jorge Colaço), Art nouveau, puis modernité : métro de Lisbonne (Maria Keil, 1959), artistes contemporainsPorto, Lisbonne

Où les voir

Lisbonne. Le Museu Nacional do Azulejo (Rua Madre de Deus 4), la référence, est fermé au public pour les travaux de requalification financés par le plan de relance (PRR) ; sa boutique a rouvert au Palácio Foz, Praça dos Restauradores 13, et le site du musée annonce la réouverture (horaires habituels : mardi–dimanche 10 h–18 h, 10 €). En attendant, la ville elle-même est un musée : le palais Fronteira (Benfica), dont les jardins et les salles du XVIIᵉ siècle sont le plus bel ensemble baroque de Lisbonne, se visite en visite guidée, y compris en français, du lundi au samedi (17 € palais et jardins, 10 € jardins avec audioguide) ; le monastère de São Vicente de Fora et ses cloîtres tapissés de panneaux du XVIIIᵉ siècle ; le miradouro de Santa Luzia à Alfama ; le Convento dos Cardaes à Príncipe Real ; les stations de métro, de Maria Keil (Restauradores, Avenida, Intendente…) aux artistes contemporains (Campo Grande, Oriente) ; et, dans les rues de la Graça, de Campo de Ourique ou d’Alfama, les façades du XIXᵉ siècle. Voir le guide de Lisbonne et Alfama.

Sintra. Le palais national (13 €, 9 h 30–18 h 30) conserve les plus anciens revêtements du pays, hispano-mauresques, posés lors des campagnes de Manuel Iᵉʳ (1498–1520), dans les salles des Cygnes, des Pies et des Arabes (le guide de Sintra).

Porto. La gare de São Bento et ses 20 000 azulejos de Jorge Colaço racontant l’histoire du Portugal (gratuit), l’église du Carmo et la chapelle des Almas aux façades bleu et blanc, le cloître de la cathédrale (le guide de Porto).

Ailleurs. L’université d’Évora (1559) et ses salles de cours tapissées (Évora) ; la gare d’Aveiro et les maisons d’Ovar (Aveiro) ; le musée d’Aveiro ; les églises baroques de tout le pays, souvent gratuites, où le bleu et blanc couvre les murs du sol à la voûte. En pratique, presque chaque église ouverte, chaque gare ancienne et chaque palais a ses panneaux : levez les yeux.

Comment les lire

Un azulejo classique mesure environ 14 cm de côté ; on distingue les carreaux de motif (padrão), répétés en tapis, des panneaux figuratifs peints par un artiste et signés à partir du XVIIIᵉ siècle. Le bleu de cobalt sur émail blanc, dominant au XVIIIᵉ, imite la porcelaine de Chine et la faïence de Delft ; le jaune, le vert et le manganèse marquent le XVIIᵉ et les façades du XIXᵉ. Les figures de convite (« figures d’invitation »), personnages en pied à l’entrée des palais, accueillent le visiteur ; les scènes de chasse, de batailles et de vies de saints décorent les palais et les églises ; les registos votifs, petits panneaux à un saint, protègent l’entrée des maisons.

Acheter des azulejos

Deux fabriques historiques de Lisbonne travaillent encore à la main : Sant’Anna (depuis 1741) et Viúva Lamego (fondée en 1849), qui vendent carreaux de motif, panneaux sur mesure et reproductions, et reçoivent sur rendez-vous ; les ateliers et boutiques d’artisans de l’Alfama, de Príncipe Real et de la Ribeira de Porto proposent des carreaux neufs peints à la main à partir de quelques euros. Pour les carreaux anciens, attention : beaucoup de ceux vendus aux puces (Feira da Ladra) ou en ligne viennent de façades pillées. Depuis la loi 79/2017, retirer des azulejos d’une façade est une opération soumise à licence, et la mairie peut refuser la démolition d’une façade revêtue ; n’achetez d’anciens carreaux qu’à un antiquaire qui documente leur provenance ; pour vos propres travaux, voir rénover une maison au Portugal.

Pour un mur de cuisine ou une salle de bains dans une maison portugaise, les carreaux de motif neufs (fabriques, grandes surfaces de bricolage, céramistes de Caldas da Rainha et d’Aveiro) coûtent bien moins cher que les anciens et se posent comme n’importe quel carrelage ; voir acheter une maison au Portugal.

Questions fréquentes

Le musée national de l'azulejo est-il ouvert ?

Non, pas en septembre 2026 : il est fermé pour des travaux de requalification financés par le PRR, sans date de réouverture annoncée sur son site. Sa boutique est ouverte au Palácio Foz, place des Restauradores, et les autres lieux de cette page le remplacent en attendant.

Peut-on rapporter des azulejos anciens en France ?

Des carreaux achetés chez un antiquaire avec facture, oui ; des carreaux arrachés à une façade, c'est du recel, et la loi de 2017 protège les façades. Les carreaux neufs des fabriques voyagent sans problème, bien emballés (ils sont lourds).

Pourquoi tant d'azulejos au Portugal et pas en France ?

Parce que le Portugal a fait du carreau, importé d'Espagne mauresque puis produit localement, un revêtement total des murs, intérieurs et extérieurs, moins cher que la fresque ou la pierre sculptée, adapté au climat humide, et parce que la reconstruction de Lisbonne après 1755 puis les façades du XIXᵉ siècle l'ont généralisé à toutes les classes sociales.

Sources officielles et références

  1. Museus e Monumentos de Portugal — Museu Nacional do Azulejo (créé en 1965, musée national en 1980, couvent de la Madre de Deus fondé en 1509 ; collection du XVᵉ siècle à nos jours, Retábulo de Nossa Senhora da Vida 1580, Caça ao Leopardo 1650–1655, Grande Panorama de Lisboa ; horaires mardi–dimanche 10 h–18 h, 10 € ; fermé au public pour travaux de requalification PRR) — consulté le 18.9.2026
  2. Museu Nacional do Azulejo — site officiel (fermeture pour les travaux du PRR ; boutique au Palácio Foz, Praça dos Restauradores 13) — consulté le 18.9.2026
  3. Lei n.º 79/2017, de 18 de agosto — protection du patrimoine azulejaire (RJUE art. 4.º, 6.º et 24.º : licence obligatoire pour retirer des azulejos de façade, refus possible de la démolition de façades revêtues) — consulté le 18.9.2026
  4. Metropolitano de Lisboa — Arte nas estações (premières stations ouvertes en 1959 avec les azulejos de Maria Keil, auteure quasi exclusive jusqu'au début des années 1970 ; diversification depuis 1991) — consulté le 18.9.2026
  5. Fundação das Casas de Fronteira e Alorna — visites du palais Fronteira (palais + jardins en visite guidée 17 €, visites en français du lundi au samedi ; jardins avec audioguide 10 €) — consulté le 18.9.2026
  6. Parques de Sintra — Palácio Nacional de Sintra (paço manuélin et Sala dos Brasões 1498–1520 ; 9 h 30–18 h 30, billet adulte 13 €) — consulté le 18.9.2026
  7. Fábrica Sant'Anna (azulejos et faïences depuis 1741) et Viúva Lamego (fondée en 1849), fabriques de Lisbonne — consulté le 18.9.2026
  8. Priberam — azulejo : de l'espagnol azulejo, de l'arabe hispanique al-zuléig — consulté le 18.9.2026
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