L’entreprise familiale du Premier ministre, Luís Montenegro, est à nouveau au cœur d’une campagne électorale. À quelques jours des élections municipales prévues ce dimanche 12 octobre, Spinumviva est impliquée dans une nouvelle controverse.
Les responsables chargés de l’enquête préventive sur les activités de la société, « la construction de la maison de Espinho de Luís Montenegro, et l’origine des fonds pour l’acquisition de deux appartements à Lisbonne, toutes des propriétés de l’univers patrimonial du Premier ministre, ont la conviction que l’affaire ne pourra être éclaircie que dans le cadre d’un processus pénal, qui devra être formellement ouvert à la Cour suprême ».
Il est également souligné que l’enquête pourrait être « cataloguée avec des soupçons d’éventuels délits de corruption et de blanchiment d’argent ».
La conclusion des procureurs intervient après que le Ministère public (MP) a analysé en détail toutes les dénonciations et plaintes reçues concernant des délits présumés dans la sphère de Luís Montenegro, ce qui a conduit à l’ouverture d’une enquête préventive annoncée il y a six mois.
Pour eux, la Justice ne pourra pleinement éclairer les différentes situations signalées qu’avec l’ouverture d’un processus pénal, car il s’agit du seul moyen légal permettant de recourir à des preuves plus intrusives, telles que la levée du secret bancaire et fiscal et les perquisitions pour saisie de documents sur support physique ou numérique.
Ce mercredi, il est révélé que la Police Judiciaire (PJ) partage cet avis et a même suggéré depuis longtemps au MP d’ouvrir une enquête. La décision sera maintenant prise par le procureur général de la République, Amadeu Guerra.
La PGR ne confirme pas l’intention d’enquêter sur le Premier ministre
La Procuradoria-Geral da República (PGR) a précisé hier soir que l’enquête préventive concernant l’entreprise Spinumviva est en cours et que le MP attend encore des documents, l’enquête se poursuit donc.
« Il n’y a pas, à ce stade, de conviction formée qui permette de clore l’enquête préventive susmentionnée et rien n’a été proposé au Procureur général de la République dans ce domaine », indique un communiqué de la PGR envoyé aux rédactions.
La PGR précise encore que l’enquête préventive concernant l’entreprise Spinumviva est en cours et que le Ministère public « attend toujours des documents qui, ensuite, devront être analysés ».
Montenegro « stupéfait » par la nouvelle concernant l’enquête. « Honteux »
La nouvelle a déjà suscité diverses réactions, notamment de Luís Montenegro qui a admis être « stupéfait » par la possible enquête.
« Je suis complètement tranquille, bien que absolument stupéfait et même révolté par le contenu des nouvelles, qui, si elles proviennent de quelqu’un lié au processus, constituent une situation honteuse, d’une déloyauté procédurale, démocratique », a déclaré le Premier ministre, qualifiant la nouvelle d' »intolérable ».
« Je ne connais pas la source de cette nouvelle, mais je sais que je fournis tous les éclaircissements qui me sont demandés. Le reste est honteux, je le répète, honteux », a-t-il déclaré depuis Faro, où il était en campagne.
Selon Montenegro, il ne sera pas celui qui « brisera la relation de loyauté entre tous les acteurs procéduraux ». Il reste cependant disponible « pour fournir tous les éclaircissements ».
Le Chef du Gouvernement a également évoqué des « manœuvres obscures » de personnes non identifiées « à trois ou quatre jours de la fermeture d’une campagne électorale », soulignant que « tout pourra être clarifié » ultérieurement.
« En démocratie, il est naturel qu’il y ait des vulnérabilités et c’en est une : lancer des rumeurs, des soupçons, des insinuations de sources non identifiées », a-t-il critiqué.
Des demandes de démission aux appels à la prudence
Un des premiers politiciens à réagir à la nouvelle a été le président du Chega. André Ventura a estimé que Montenegro doit fournir toutes les explications sur l’affaire Spinumviva, affirmant qu’il serait grave si une enquête pénale était ouverte.
« Si les nouvelles avancées par la presse concernant l’ouverture d’une enquête sur le Premier ministre sont vraies, il est essentiel que les soupçons soient rapidement levés », a écrit le leader du Chega sur le réseau social X, ajoutant que le « scénario est grave » et que le Premier ministre « ne peut pas se cacher ».
« Il doit répondre à la justice, mais aussi aux Portugais », a-t-il souligné.
Le secrétaire général du PS a quant à lui maintenu sa confiance dans la justice et que le Premier ministre doit donner les explications sur l’affaire Spinumviva qui lui seront demandées « quand le moment sera venu », appelant à éviter précipitations.
Le secrétaire général du PCP a réitéré que le Premier ministre aurait dû démissionner de son poste avant les élections législatives, lorsque les nouvelles sur la Spinumviva sont apparues, prévoyant que l’affaire « va malheureusement continuer longtemps ».
« Nous avons alerté à l’époque que ce que le Premier ministre devait faire, lorsque cela a commencé à émerger, c’était de démissionner. Il a considéré que cela ne résoudrait rien, a forcé des élections et a fait traîner ce problème », a critiqué Paulo Raimundo.
Les vacances de Montenegro au Brésil sous enquête
La revue Sábado révèle aujourd’hui que les vacances de Luís Montenegro au Brésil, en 2024, sont sous enquête, les enquêteurs suspectant que les dépenses y afférentes avaient été imputées à l’entreprise familiale du Premier ministre, alors qu’il l’avait déjà passé à ses enfants.