Dans une déclaration à l’agence Lusa, la fadiste a affirmé que le titre de l’album est ambigu et « aborde plusieurs questions, l’ambiguïté que l’on peut avoir dans ses certitudes, qui n’existent pas, mais aussi cette harmonie avec les thèmes du fado ».
« Les personnes du fado meurent, généralement, d’amour, on meurt beaucoup d’amour dans le fado, mais pouvoir résister est quelque chose qui m’intéresse et que j’aime chanter », a-t-elle ajouté.
Pour cet album, Carminho a mis en musique « Balada do País que Dói » et « Saber », deux poèmes d’Ana Hatherly (1919-2015), qu’elle a décrite comme « une artiste fabuleuse, vraiment complète, du point de vue de la multidisciplinarité dans laquelle elle a travaillé et de l’expérimentation qu’elle a faite ».
En parlant de « Balada do País que Dói », Carminho a dit : « Ce poème était déjà habité par la musique, par cette cadence […] et m’a apporté, musicalement, ces idées de répétition et de mantra ».
Carminho s’est présentée comme auteure dès son premier album, « Fado » (2011), mais reconnaît que cette facette, ainsi que celle de compositrice, « est maintenant plus remarquée ».
Dans cet album, elle signe sept compositions, parmi lesquelles « Sofrendo da Alma » d’Amália Rodrigues (1920-1999), et « Canção à Ausente » de Pedro Homem de Mello (1904-1984).
À Lusa, elle a déclaré « aimer beaucoup composer sur le fado traditionnel » et aussi « écrire pour des fados traditionnels », citant « O Quarto », qu’elle a écrit pour le Fado Pajem d’Alfredo Marceneiro, de son album « Portuguesa » (2023).
Carminho a affirmé qu' »il est nécessaire » de beaucoup travailler les fados à la recherche de solutions : « Par exemple, il peut se poser le besoin d’un décasyllabe, en tonalité majeure, plus rapide. Il y a parfois ces besoins que les fadistes ont, et je trouve très intéressant qu’il y ait cette liberté pour la composition de fados traditionnels ».
Pour la créatrice de « Trazes-me Tanta Saudade », « le fado est un instrument, un moyen de bien traduire le sentiment d’un fadiste, ce que sont ses discours, ses pensées, cela a toujours été ainsi ».
Carminho a fait une rétrospective du fado et mentionné les contributions d’Amália Rodrigues « qui a introduit de nouveaux poètes dans le fado », Alfredo Marceneiro qui composait pour lui-même et Maria Teresa de Noronha qui a commencé « à styliser les mélodies du [Fado] Menor, du Corrido et du Mouraria, créant des mélodies qui sont restées avec de nouveaux noms, c’est-à-dire des mélodies originales ».
« Je pense que le fado a toujours été très malléable et une langue vivante, et qu’il est vivant », a témoigné la fadiste, affirmant « ne pas bien comprendre la simplification des analyses sur le fado ».
« Le fado peut être simple, peut être complexe, cela dépend de la façon dont le fadiste veut le travailler, et ainsi les thématiques se développent et on peut aussi intégrer de nouveaux thèmes au fado. Une des caractéristiques les plus brillantes du fado est d’utiliser son matériau et de le renouveler, et de faire ces lien avec des éléments des canons du fado et les combiner, même les instruments ».
Carminho a défendu la liberté d’un fadiste de travailler le fado, mais a souligné que celui-ci « se nourrit des classiques, de l’histoire du fado pour pouvoir s’exprimer ».
Pour Carminho, « Eu Vou Morrer de Amor ou Resistir » s’inscrit « dans la continuité des deux albums précédents », « Portuguesa » (2023) et « Maria » (2019), dans lesquels « plusieurs questions ont émergé, et la nécessité d’explorer et d’expérimenter en studio, certaines régions sonores que le fado, ou du moins les disques précédents n’avaient ».
Dans cet album figure le ‘cristal Bachet’, instrument développé en 1952 par les Français Bernard et François Bachet et les ‘ondes Martenot’, créées en 1928 par Maurice Martenot.
Ces choix sont justifiés par son désir « d’explorer de nouvelles choses » qu’elle se propose à chaque album.
Un choix, déjà habituel dans ses albums, est l’inclusion d’une marche populaire, dans cet album elle interprète la Grande Marche de Lisbonne de 1935, « Lá Vai Lisboa » (Norberto Araújo/Raul Ferrão), une création de Beatriz Costa.
« J’adore chanter les marches, je pense que c’est un grand genre de la musique portugaise, non seulement pour toute la culture latente dans la création des marches, qui a trait à cette idée de générations qui se réunissent, plus jeunes et plus vieux, hors de leur contexte professionnel, et qui peuvent vibrer pour leur propre quartier, et une idée d’appartenance, ainsi que la façon dont de nouvelles compositions surgissent chaque année et les thèmes », a-t-elle affirmé.
« Je suis très passionnée par les marches et j’adore les chanter. C’est une grande fête », a-t-elle souligné.
Une autre collaboration se fait avec le pianiste Mário Laginha, dans la chanson « Dia Cinzento », qui est « une chanson éloignée de la forme traditionnelle du fado, n’ayant pas la structure d’un fado traditionnel », laquelle l’a immédiatement poussée à imaginer le piano de Mário Laginha, ayant été « un honneur » pour la fadiste de pouvoir compter sur « un artiste supérieur » comme le pianiste.
À propos de la participation de l’Américaine Laurie Anderson, Carminho s’est référée à la chanteuse et cinéaste comme à « l’une des meilleures artistes du monde, incontournable », avec qui Carminho partage l’interprétation de « Saber », « un poème qui fut écrit en même temps que Laurie Anderson commençait son travail d’exploration et d’expérimentation ».
