L’organisée à Varsovie par la présidence polonaise du Conseil de l’Union Européenne (UE), la réunion informelle de l’Eurogroupe et, le jour suivant, de l’Ecofin — réunissant respectivement les ministres de l’euro et des Finances de l’Union — survient dans un contexte de tensions commerciales marquées après les annonces du président américain, Donald Trump, de taxes de 25% sur l’acier, l’aluminium, et les automobiles européens, ainsi que de 20% sur des tarifs réciproques au bloc communautaire, ces dernières étant provisoirement suspendues.
Cette suspension a apaisé les marchés, qui enregistraient de graves pertes, et a été saluée par l’UE, qui avait néanmoins déjà approuvé des taxes de 25% sur des produits américains en réponse à celles appliquées par les États-Unis sur l’acier et l’aluminium européens.
Bien que le principal sujet de la réunion de deux jours soit l’engagement communautaire en matière de défense, l’actualité internationale prédomine, alors que la zone euro et l’UE craignent les effets économiques des mesures américaines et redoutent une guerre tarifaire.
Cette situation survient à un moment où l’on s’attendait déjà à un ralentissement économique dans la zone euro et dans l’Union cette année, dû aux risques de sécurité liés à la guerre en Ukraine et aux tensions géopolitiques, qui affectent la confiance des investisseurs et des consommateurs.
Lors de la rencontre, à laquelle le Portugal sera représenté par le ministre des Finances Joaquim Miranda Sarmento et qui est consacrée à l’augmentation des opportunités d’investissement dans l’UE et au financement de la défense et de la sécurité de l’Europe, un rapport du groupe de réflexion économique Bruegel, commandé par la présidence polonaise du Conseil, sera discuté. Il propose la création d’un mécanisme européen commun.
Le document défend ainsi un nouveau Mécanisme Européen de Défense, une institution intergouvernementale semblable au Mécanisme Européen de Stabilité créé pour l’assistance financière aux pays lors de la précédente crise, mais cette fois destiné à créer un marché unique de l’industrie, financer des projets de grande envergure et inclure des partenaires hors UE (comme le Royaume-Uni).
Bruegel a déjà estimé que l’UE devrait dépenser 250 milliards d’euros par an, soit l’équivalent de 3,5% de son Produit Intérieur Brut (PIB), pour la sécurité dans un contexte de tensions géopolitiques comme la guerre en Ukraine causée par l’invasion russe.
La Commission Européenne a demandé que, d’ici ce mois d’avril, les États membres activent la clause de sauvegarde nationale dans le cadre des règles budgétaires communautaires pour pouvoir dépenser sans risquer de procédures pour déficit excessif (PDE).
Bien que cela ne soit pas à l’ordre du jour de la réunion informelle, cela pourrait être abordé, notamment face à la pression de Bruxelles auprès des pays.
Cela fait partie des mesures du plan de 800 milliards d’euros pour la défense dans l’UE, qui inclut cette activation de la clause de sauvegarde nationale des règles budgétaires pour éviter les PDE (pour accroître les dépenses publiques en matière de défense d’un maximum de 1,5% du PIB par an, ce qui entraînera 650 milliards d’euros en quatre ans) et un nouvel instrument européen de crédit en circonstances extraordinaires (pour un total de 150 milliards d’euros, semblable à celui des prêts à conditions favorables créés durant la covid-19 pour éviter le chômage).
Les autres volets du plan comprennent la réaffectation des fonds d’autres sources (tels que ceux de la Cohésion, pour des projets à usage civil et militaire), les fonds de la Banque Européenne d’Investissement (qui devront avoir des règles plus flexibles pour ces investissements) et encore le capital privé.
En plus de ces mesures, le Portugal a également défendu une nouvelle émission de dette commune dans l’UE pour financer l’engagement en matière de défense, semblable à ce qui a été fait avec la pandémie de covid-19 pour les Plans nationaux de Relance et de Résilience.
Cette solution n’est pas écartée au sein du bloc communautaire, mais les Pays-Bas s’y sont déjà opposés et l’Allemagne a exprimé son scepticisme.
Entre 2021 et 2024, la dépense des États membres en matière de défense a augmenté de plus de 30%, atteignant 326 milliards d’euros, soit environ 1,9% du PIB de l’UE.
Le Portugal a investi environ 1,55% de son PIB en matière de défense l’année dernière.