C’est la conclusion principale du dernier rapport de l’organisation qui, contrairement à d’autres banques centrales telles que la Réserve fédérale (Fed) des États-Unis (EUA), travaille depuis des années à la mise en œuvre de ce moyen de paiement.
La Fed s’est déjà engagée à ne pas développer de dollar numérique après que le président américain, Donald Trump, a signé un décret promouvant les cryptomonnaies et cherchant à faire du pays un leader mondial des actifs numériques, tout en interdisant l’établissement d’une monnaie numérique de banque centrale (CBDC en anglais).
La Banque centrale européenne (BCE) adopte une approche différente, comme l’a souligné cette semaine le membre du Comité exécutif, Piero Cipollone.
L’institution dirigée par Christine Lagarde défend le projet comme une question de souveraineté stratégique et présente l’euro numérique comme un nouveau passif monétaire, en plus des billets et des réserves des banques commerciales, ce qui n’augmenterait pas nécessairement les bilans des banques centrales.
Les effets de l’émission de monnaies numériques dépendront non seulement de leur conception, mais aussi de leur attrait pour les consommateurs, ce qui exige que les banques centrales analysent la rémunération, les limites de rétention et les critères d’accès.
Le rapport indique également que l’impact net de la numérisation sur la taille du bilan pourrait également être négatif, car le nombre de billets en circulation pourrait diminuer et les caractéristiques de conception des CBDC pourraient limiter leur adoption en tant que réserve de valeur.
Cela implique un changement de certains actifs par d’autres, puisque la demande d’euro numérique entraînera une baisse des billets en circulation et des dépôts bancaires, ainsi qu’une augmentation des actifs dans le bilan de la BCE par d’autres moyens.
La quantité réelle de CBDC en circulation dans la zone euro sera déterminée par la demande des ménages, tout comme la demande des ménages détermine la quantité de billets en circulation.
Sur la base de cette prémisse, la BCE estime que, pour chaque 10 euros numériques émis, cinq euros physiques seront retirés de la circulation et les dépôts bancaires perdront trois.
La BCE a considéré trois scénarios possibles, selon que la demande soit faible, moyenne ou élevée : dans le premier cas, la baisse des billets serait de 15 milliards ; dans le second, 125 milliards ; et dans le troisième, 256 milliards.
Le calcul de la BCE inclut également les pièces de monnaie, qui sont quantitativement beaucoup moins importantes que les billets.
En décembre 2023, il existait 1.567,200 milliards d’euros en billets et 33,500 millions d’euros en pièces libellées en euros en circulation, selon les statistiques de l’agence elle-même.
Parmi les principaux risques liés à l’adoption de l’euro numérique figurent les risques de réputation et ceux découlant de la dépendance à la nouvelle monnaie, avec des infrastructures et installations hautement sensibles aux cyberattaques.
Dans ce sens, le rapport souligne que la Banque des règlements internationaux a lancé le « Projet Polaris » pour soutenir les banques centrales dans la conception, la mise en œuvre et l’exploitation de systèmes CBDC sûrs et résilients, afin de « mitiger les risques opérationnels, juridiques et de réputation auxquels ils sont confrontés en raison des cybermenaces ou des défaillances opérationnelles ».