«Si les promesses politiques pour la science sont tenues», cela «est très important», déclare la présidente exécutive (CEO) de l’Institut Gulbenkian de Médecine Moleculaire (GIMM), à la veille des élections.
En effet, elle ajoute qu’«il est rare qu’un discours d’État ne mentionne pas cet aspect et, par conséquent, il suffit que les actions soient alignées avec les déclarations ».
«Les talents iront toujours là où on leur offre les conditions pour développer leur potentiel, c’est aussi simple que cela», affirme-t-elle, lorsqu’on l’interroge sur le fait que ces talents continuent de quitter le pays.
La chercheuse rappelle qu’«une grande partie de la vie est consacrée à développer des compétences», il est donc compréhensible que les décisions soient prises en fonction des meilleures offres de conditions, qui ne se limitent pas à un meilleur salaire, ce dernier ayant également «un grand impact».
Outre le salaire, tout scientifique doit avoir «les conditions nécessaires pour la tranquillité, pour avoir un environnement qui lui permette de suivre sa curiosité», ce qu’elle considère comme «très important».
Mais surtout, «ce que les scientifiques veulent, c’est avoir des institutions qui fournissent un environnement qui les soutienne dans leur parcours», poursuit-elle. Autrement dit, «ces institutions doivent être solides, bien financées et soutenir leurs propres expériences», insiste Maria Manuel Mota.
Or, si l’institution ne sait pas «quand le financement arrive, comment il arrive et en quelle quantité, il est presque impossible de créer ces conditions», avertit-elle.
«Je pense qu’au fond, c’est notre réalité au Portugal, ce sont des institutions qui ne sont pas suffisamment robustes pour simplement créer les conditions nécessaires à attirer et maintenir ces personnes, car nous pouvons bien sûr les attirer, mais après, les garder ici, sachez que le soleil, le climat et la gastronomie ne suffisent absolument pas», conclut la scientifique.
La CEO du GIMM plaide également pour que la société ait «des attentes distinctes» afin qu’il y ait plus de femmes dans les domaines STEM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques).
«Nous avons dépassé les 60 % de femmes dans nos emplois dans notre institution, y compris en tant que scientifiques», mais pour le groupe de personnes qui dirigent une équipe scientifique, «on descend probablement en dessous des 30 %», explique-t-elle.
Il y a donc «une grande disparité et c’est là que réside la différence, contrairement à d’autres domaines, notamment l’ingénierie, où dès le départ il n’y a déjà pas beaucoup de femmes».
Et comment cela change-t-il ? «Je n’ai évidemment pas de boule de cristal, mais je dois dire que, quand j’étais plus jeune, lorsque j’ai commencé dans ce domaine, je pensais que cela prendrait une décennie, deux décennies», et tout le monde disait que cela suivait son cours.
«Oui, cela avance, à pas de tortue», et «les gens doivent en être conscients», souligne-t-elle.
Ainsi, «nous n’y parviendrons jamais, et je ne parle pas d’égalité, car je ne pense pas que nous devons être identiques, ce qui est beau dans ce monde», c’est d’être différents et divers, mais c’est un lieu où personne, pour ses caractéristiques, ne se doit de se sentir plus ou moins.»
Pour la chercheuse, la société doit ouvrir les opportunités à tous, et si une personne ne peut être une chose, elle peut être une autre.
«La société ouvre cette voie, et c’est vrai pour tout groupe de la société, y compris les minorités», mais le problème est que «nous traitons le problème entre hommes et femmes comme si les femmes étaient une minorité», ce qui est incorrect étant donné qu’elles représentent environ 50% de la population.
«Ce problème ne sera résolu que lorsque la société le sera», et aussi longtemps qu’il y aura une société où le rôle «est si différent» dans le soin des descendants et des ascendants, car «si on attribue d’emblée aux femmes le rôle principal» de 90 % de ces soignants, «évidemment elles ne pourront pas aller dans d’autres domaines», souligne-t-elle.
Car s’occuper des enfants et des aînés se présente à «deux moments de la vie cruciaux pour progresser dans une carrière», d’abord lorsque l’on peut réaliser une «progression du plus haut niveau», et ensuite, où «il y a plus de postes» de direction.
«Or, si nous retirons simplement les femmes du marché du travail à ces deux étapes ou empêchons qu’elles s’y consacrent avec volonté, évidemment, là réside le problème», dit-elle.
Au fond, c’est un «problème de société», «nous devons offrir des opportunités, et ce n’est pas une question de choix, je tiens à le clarifier», insiste-t-elle.
«Ce n’est pas une question de choix, si un certain rôle nous est attendu», c’est à la société «qu’il revient d’avoir des attentes distinctes», estime Maria Manuel Mota, qui inclus «nous tous et ceux qui nous gouvernent», résume-t-elle.
Lorsqu’on lui demande des conseils pour les jeunes désirant atteindre sa position, elle est catégorique : «Soyez très ambitieux».
«Je pense que vous devriez viser un jour à recevoir le prix Nobel», encourage-t-elle.