Après avoir reporté de quelques jours la présentation de ces prévisions en arguant qu’il avait besoin de plus de temps pour le travail technique en raison de l’incertitude économique, l’exécutif communautaire présente lundi matin les prévisions de croissance économique de la zone euro et de l’Union européenne (UE), avec des indicateurs pour tous les États membres et autres grandes économies.
Il s’agit de la première présentation depuis les annonces américaines en début d’année de lourdes taxes douanières à l’encontre de l’UE — puisque les dernières prévisions ont été publiées en novembre dernier — et on s’attend à ce que la Commission européenne évalue l’impact réel.
Le commissaire européen à l’Économie, Valdis Dombrovskis, a déclaré cette semaine qu’il était « évident que les annonces de tarifs des États-Unis et l’incertitude qu’elles provoquent affectent négativement les perspectives de croissance et d’investissement de l’UE pour cette année ».
« Les risques semblent également pencher du côté négatif », a-t-il ajouté.
Les prévisions macroéconomiques de la Commission européenne devraient donc être influencées par les politiques protectionnistes des États-Unis à cause de cette imposition de tarifs élevés à l’UE, ce qui a déclenché des tensions commerciales et une instabilité sur les marchés financiers ainsi que des craintes de ralentissement économique et d’inflation persistante.
Les calculs de la Commission européenne, publiés à la mi-avril, indiquent que les nouveaux droits de douane américains pourraient entraîner des pertes de 0,8 % à 1,4 % du PIB des États-Unis d’ici 2027, ce pourcentage étant de 0,2 % du PIB pour l’UE.
Dans le pire scénario, c’est-à-dire si les droits de douane deviennent permanents ou s’il y a d’autres contre-mesures, les conséquences économiques pourraient être plus négatives, allant de 3,1 % à 3,3 % pour les États-Unis et de 0,5 % à 0,6 % pour l’UE.
À l’échelle mondiale, l’exécutif communautaire estime une perte de 1,2 % du PIB mondial et une chute de 7,7 % du commerce mondial en trois ans.
C’est un moment de tensions commerciales, après les annonces de Donald Trump d’imposer des taxes de 25 % sur l’acier, l’aluminium et les voitures européennes ainsi que de 20 % sur les tarifs réciproques envers le bloc communautaire, ces derniers étant suspendus pour 90 jours.
Cette suspension a apaisé les marchés, qui avaient subi de graves pertes, et a été accueillie et soutenue par l’UE, qui a suspendu, durant la même période et jusqu’à la mi-juillet, les tarifs de 25 % sur les produits américains en réponse à ceux appliqués par les États-Unis sur l’acier et l’aluminium européens.
La Commission européenne, qui détient la compétence de la politique commerciale de l’UE, a opté pour la prudence et cette prudence est soutenue par des pays comme le Portugal.
Bruxelles espère, dans cette pause de 90 jours, parvenir à négocier avec Washington, ayant déjà proposé des tarifs zéro pour les biens industriels dans les échanges commerciaux entre les deux blocs.
Malgré cela, la semaine dernière et se préparant au pire, la Commission européenne a déjà proposé une liste de biens industriels et agricoles des États-Unis, d’une valeur de 95 milliards d’euros, à taxer si les négociations avec Washington n’aboutissent pas, et a déposé un litige auprès de l’Organisation mondiale du commerce.
Actuellement, 379 milliards d’euros d’exportations de l’UE vers les États-Unis, soit l’équivalent de 70 % du total, sont soumis aux nouveaux tarifs (y compris ceux suspendus temporairement) depuis que la nouvelle administration des États-Unis a pris ses fonctions.
Dans les prévisions économiques publiées en novembre dernier, Bruxelles a estimé que le PIB de la zone euro croîtrait de 1,3 % cette année, aggravant pour la troisième fois consécutive cette projection (après des estimations de 1,4 % et de 1,5 %).