De nouvelles informations ont émergé concernant le cas des agents de la Police de Sécurité Publique (PSP) accusés de torture et de viol de détenus dans les commissariats de Rato et du Bairro Alto à Lisbonne.
Certains des agents suspectés continuent d’exercer leurs fonctions, bien qu’ils fassent l’objet d’une enquête.
Les autorités admettent qu’en l’absence de preuves concrètes et tant que tous les éléments impliqués ne seront pas identifiés, les policiers continuent à patrouiller dans les rues de la capitale.
Pour l’instant, les éléments de preuve recueillis par la PSP et le Ministère Public (MP) n’ont permis l’arrestation que de deux agents, qui sont actuellement en détention provisoire.
Le cas continue d’être investigué pour identifier d’autres éventuels suspects. À cette fin, les autorités interrogent les victimes et les témoins, ainsi qu’elles analysent les photographies et vidéos des actes de violence partagés dans des groupes restreints de Whatsapp composés de policiers.
En plus des difficultés à identifier d’autres suspects, le processus judiciaire rencontre des limitations. Le juge d’instruction n’a pas attribué au dossier le statut de complexité particulière, ce qui réduit à six mois le délai d’enquête du MP.
Cette contrainte a conduit à ce que seulement deux agents soient, pour l’instant, accusés de crimes de torture et d’abus de pouvoir.
L’inspection générale de l’administration interne (IGAI) enquête également sur l’affaire et a lancé trois procédures disciplinaires et une enquête autonome pour déterminer la responsabilité éventuelle d’autres éléments de la PSP dans cette affaire qui a choqué le pays.
Au moins 10 agents sous enquête
Officiellement, on ne sait pas combien de policiers, en plus des deux déjà détenus, font l’objet d’une enquête. Toutefois, le MP soupçonne qu’au moins 10 agents auraient agressé, avec une « violence extrême », des détenus dans les commissariats du Bairro Alto et du Rato.
Le parquet d’accusation du Département d’Investigation et d’Action Pénale (DIAP) de Lisbonne sur l’affaire soulève des soupçons sur au moins deux groupes de WhatsApp, composés essentiellement de policiers, totalisant plus de 70 membres.
Par ces plateformes auraient circulé des fichiers montrant des agressions commises et filmées par des policiers de détenus. Un des agents sous soupçon aurait même partagé avec sa petite amie des images de violence extrême via la même application.
En plus des deux membres de la PSP maintenant accusés de plus de 30 crimes de torture, de viol, d’abus de pouvoir ou de blessures graves, le MP enquête également sur les collègues des deux agents actuellement en détention provisoire. Au moins 10 policiers des commissariats de Rato et du Bairro Alto sont sous suspicion.
Le nombre d’agents ayant assisté aux coups de poing, aux coups de pied et aux coups de matraque à l’intérieur de ces postes de police, sans rien faire pour arrêter la violence policière, serait pourtant bien supérieur.
Qui sont les policiers déjà détenus et en détention provisoire
Des détails ont commencé à émerger concernant les agents déjà arrêtés, accusés de torture et de viol de personnes vulnérables.
L’un d’eux, Óscar B., originaire de l’île de São Miguel aux Açores, a 26 ans et a commencé à travailler comme agent de la PSP en octobre 2022 au commissariat de Rato.
L’autre, Guilherme L., originaire de l’île de Porto Santo, archipel de Madère, n’a que 21 ans. En octobre 2023, il a rejoint le commissariat du Bairro Alto mais, en février 2024, il est passé au commissariat de Rato.
Selon le MP, les deux auraient commencé à commettre des actes de violence au moins dès mai 2024.
La procureure dans cette affaire décrit 10 épisodes violents commis par les deux jeunes, qui auraient violé les « devoirs statutaires de la PSP, mais surtout, violé gravement les droits humains, gratuitement, avec pour seul plaisir l’humiliation des victimes, dans une totale indifférence et insensibilité aux valeurs juridiques et personnelles, en profitant de la vulnérabilité spéciale des victimes, incapables de réagir ou de se défendre ».
Pour le MP, le comportement des deux agents est d’une « gravité manifeste et générateur d’une grande inquiétude publique et d’une forte répulsion sociale ». Les policiers choisissaient leurs victimes « parmi les êtres humains les plus fragilisés par leur condition humaine dégradée », visant principalement des « toxicomanes », ainsi que des « personnes ayant commis de petits délits comme le vol, le trafic ou la possession d’arme interdite pour se procurer leurs drogues », des immigrants sans papiers, qui ne parlaient pas portugais, et des personnes sans-abri.
Dans l’acte d’accusation de 121 pages, on peut lire que les accusés « profitaient de la vulnérabilité des victimes pour — de manière violente, perverse, incontrôlée et déséquilibrée, avec même des raffinements de cruauté — réaliser leurs actions : en total mépris de l’intégrité physique des victimes et en complet mépris des droits fondamentaux et libertés et garanties de chaque citoyen ».
Des baisemains sur les bottes aux viols avec matraques (et la crucifixion d’une femme)
Parmi les actes violents décrits par le MP, plusieurs épisodes horribles se démarquent. Un immigrant, pendant qu’il était agressé, aurait été obligé d’embrasser les bottes d’un des policiers, tout en pleurant. « Embrasse, kiss, kiss, kiss, c…. » « Welcome to Portugal » étaient quelques-unes des phrases prononcées par les policiers qui ont filmé la scène partagée dans les groupes de Whatsapp mentionnés précédemment.
Un autre cas choquant impliquait une femme, en état d’ivresse, arrêtée en mai 2024, après une altercation avec la propriétaire d’un établissement. De suspecte, elle est rapidement devenue victime en étant transportée au commissariat de Rato.
Elle aurait été menottée à un banc du commissariat, les bras écartés, comme si elle était crucifiée. Le MP suspecte qu’elle aurait également été giflée et menacée par un policier.
Paiement en discothèque sauve Óscar d’une accusation de viol avec balai
En raison de paiements effectués en discothèque, Óscar B. a échappé à une des accusations portées contre lui.
