Mouvement de Guinéens demande au Portugal des sanctions contre les auteurs du coup d’État

Mouvement de Guinéens demande au Portugal des sanctions contre les auteurs du coup d'État

Une position est exprimée dans une lettre ouverte adressée au gouvernement et à l’Assemblée de la République du Portugal, publiée à la veille de l’audition du ministre des Affaires étrangères, Paulo Rangel, au parlement, prévue pour mardi.

 

L’audition de Paulo Rangel a été demandée par le PS et approuvée par la commission des Affaires étrangères et des communautés portugaises, où le chef de la diplomatie portugaise sera entendu. En cause, un vol effectué le 14 décembre 2025, dans lequel ont voyagé l’épouse du président sortant de la Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embaló, et son chef de protocole, où environ cinq millions d’euros en espèces ont été saisis.

Le ministère des Affaires étrangères a déclaré à Lusa, à cette occasion, que « la qualification de vol d’État était due au fait que la personne concernée est le conjoint d’un chef d’État (et le conjoint a droit à un traitement protocolaire au même niveau que le chef d’État) ».

Le Mouvement politique des étudiants et travailleurs guinéens « Firkidja di Pubis » exige, dans la lettre ouverte, « un éclaircissement politique et institutionnel sur la classification du vol et sur les critères adoptés par l’État portugais à cet effet ».

Pour le mouvement, « le problème ne se limite pas au montant saisi, qui soulève de sérieux soupçons de contrebande et de blanchiment d’argent », mais « réside aussi dans l’action de l’État portugais, marquée par une opacité grave et politiquement injustifiable ».

Dans la lettre ouverte, il est allégué que la position du gouvernement portugais n’a pas rendu claire la raison de la classification en « vol d’État » lorsque cela est survenu après le coup d’État où les militaires ont pris le pouvoir le 26 novembre 2025, « en marge de la constitution et contre la volonté populaire exprimée dans les urnes ».

« Il n’est pas non plus clair pourquoi un statut protocolaire a été accordé à quelqu’un qui n’occupe aucune fonction institutionnelle (…) ni pourquoi le Portugal a accepté une demande provenant d’un régime putschiste qu’il ne devrait pas reconnaître, et encore moins normaliser », ajoute-t-il.

Le mouvement rappelle que c’est « face à ces doutes politiques et institutionnels que se déroule l’audition du ministre des Affaires étrangères » et affirme que cette « audition ne peut cependant se limiter à des clarifications techniques ou administratives ».

« Le cas du vol n’est pas un épisode isolé. Il expose le risque de continuité d’une posture de complaisance de l’État portugais face à l’autoritarisme d’Umaro Sissoco Embaló », argumente-t-il.

Le communiqué émis par le gouvernement portugais appelant au retour à l’ordre constitutionnel en Guinée-Bissau est jugé par le mouvement « insuffisant tant qu’il n’est pas accompagné d’actes concrets ».

Dans ce sens, il explique, « cette lettre vise à interpeller le gouvernement et l’Assemblée de la République portugais pour qu’ils profitent de ce moment politique, y compris l’audition du ministre des Affaires étrangères, non seulement pour clarifier le cas du vol, mais pour adopter une position claire, cohérente et conséquente de l’État portugais ».

Le mouvement demande au gouvernement portugais « un soutien ferme à la position du Parlement européen, issue de sa session du 18 décembre 2025 » et appelle « à l’adoption de sanctions individuelles contre les responsables politiques et militaires du coup d’État et à une action active du Portugal auprès de l’Union Européenne pour la suspension des accords et partenariats qui contribuent à financer ou légitimer le pouvoir putschiste installé en Guinée-Bissau ».

La délégation de l’agence Lusa en Guinée-Bissau est suspendue depuis août suite à l’expulsion par le gouvernement des représentants des médias portugais. La couverture est assurée à distance.