Dans un communiqué, l’association environnementale Zero – Associação Sistema Terrestre Sustentável appelle à une « révision des priorités dans les transports et à plus de fonds pour une réduction effective des émissions », jugeant « positif de ne pas financer des projets associés aux combustibles fossiles ».
L’analyse porte sur les « investissements verts » du Cadre Financier Pluriannuel (CFP), le budget à long terme de l’UE pour 2021-2027, réalisée dans le cadre du projet LIFE TogetherFor1.5, dirigé par l’organisation CAN Europe (Climate Action Network), dont Zero fait partie, et qui a eu lieu depuis septembre 2022 sur trois ans.
L’association note que ce budget prévoit 7,611 milliards d’euros pour le Portugal consacrés à la transition écologique, montant « inférieur au seuil de 30% – 9,383 milliards – qui devrait être appliqué uniquement à l’action climatique », ajoutant que « les besoins d’investissement au Portugal pour atteindre les objectifs climatiques alignés sur l’objectif européen sont estimés à environ 175 milliards d’euros d’ici 2030, ce qui met en évidence un déficit de financement ».
Est saluée l’affectation de la plus grande part de l’investissement, soit 43,3%, aux « transports propres », considérant que « le secteur des transports est le plus grand responsable des émissions de gaz à effet de serre (GES) au Portugal ».
Mais Zero estime qu’il subsiste des « risques de faible coût-efficacité », soulignant « la nécessité d’intégrer des métriques de coût-efficacité climatique dans l’approbation des projets, afin de garantir que chaque euro de financement public contribue à des réductions mesurables et durables des émissions ».
Elle mentionne également des « risques potentiels » de non-respect du principe européen « Ne pas causer de dommages significatifs » (DNSH en anglais).
Les écologistes citent des exemples tels que la ligne rouge du Métropolitain de Lisbonne, qui « telle qu’elle est projetée (…) suscite des doutes quant au coût-efficacité de l’investissement », ainsi que le choix de véhicules de transport routier de passagers à hydrogène, qui selon eux pose des « questions d’efficacité », jugeant que les 22 millions d’euros pour les combustibles alternatifs sont « clairement insuffisants » face « aux besoins de 130-150 millions d’euros pour viabiliser le réseau public de recharge de véhicules lourds, conformément aux régulations européennes ».
Bien qu’ils considèrent « très nécessaire » l’investissement dans le rail au Portugal, ils notent que la modernisation et les nouvelles liaisons « ne produiront des gains réels qu’avec une utilisation plus effective », recommandant le renforcement de la digitalisation et de la signalisation dans le cadre du Système Européen de Gestion du Trafic Ferroviaire (ERTMS), « pour son potentiel élevé de capacité et d’efficacité ».
Pour Zero, il est également judicieux de consacrer la deuxième plus grande part du financement vert (21,3%) à l’efficacité énergétique, le Portugal étant « constamment l’un des derniers en Europe en termes de pauvreté énergétique ». Elle note cependant un déséquilibre dans le montant alloué aux habitations par rapport aux entreprises, étant « 25 fois supérieur ».
L’investissement dédié au parc résidentiel est de 42 milliards d’euros et doit être renforcé, défend l’association, indiquant qu’il est estimé que « les rénovations profondes résidentielles nécessitent 72 milliards d’euros, voire jusqu’à 120 milliards si l’on inclut les équipements ».
En ce qui concerne les énergies renouvelables, Zero recommande de « redoubler le focus sur le stockage et les réseaux », qu’elle considère comme des « facteurs clés pour rendre économiquement viable le solaire ».
Le financement public pour l’énergie solaire devrait être « décentralisé dans les zones artificielles – autoroutes, zones industrielles, canaux d’irrigation, réservoirs ».
« Zero appelle à réévaluer la distribution interne des fonds, à réorienter les fonds de faible coût-efficacité vers des domaines ayant un impact net plus important dans la réduction des émissions et à intégrer des critères DNSH et climatiques à toutes les phases du cycle de projet », lit-on dans le communiqué.
L’association environnementale recommande au gouvernement portugais de renforcer « les instruments de suivi public, avec des rapports réguliers sur les émissions évitées, l’utilisation des infrastructures et l’exécution financière », et de promouvoir la participation des citoyens, par exemple au travers de consultations publiques qui peuvent améliorer « la qualité et la légitimité des investissements ».
Elle défend également une politique de cohésion plus ambitieuse dans le prochain CFP 2028-2034, « établissant un objectif de 50% d’intégration écologique, à des garanties de cibles environnementales claires et à des méthodologies robustes pour identifier les investissements réellement verts et équitables ».
L’objectif du projet LIFE TogetherFor1.5, cofinancé par l’UE, était d’accélérer l’action climatique du bloc et de l’aligner sur l’objectif de l’Accord de Paris d’empêcher que les températures augmentent de plus de 1,5 degrés Celsius (ºC) par rapport à la moyenne pré-industrielle.