« Nous envisageons cette possibilité, si elle est éventuellement mise sur la table, avec beaucoup de prudence, car […] il est important qu’il y ait un équilibre dans les politiques publiques. Il est crucial de renforcer la défense, mais, d’un autre côté, il y a d’autres piliers de l’Union européenne qui ne peuvent pas être affaiblis par ce renforcement des dépenses de défense », a déclaré le ministre des Finances, Joaquim Miranda Sarmento, lors d’une interview à l’agence Lusa.
À un moment où Bruxelles demande plus de dépenses en matière de sécurité, données les nécessités actuelles dans un contexte de tensions géopolitiques, le ministre portugais a souligné qu’il est « très important que l’Union européenne maintienne une politique de cohésion forte ».
« Non que la défense ne soit également un sujet très important en ce moment, c’est un bien public […] dans le sens où elle protège tous les citoyens à l’intérieur des frontières européennes, mais la cohésion est également très importante » pour le Portugal, a renforcé Joaquim Miranda Sarmento.
Début avril, la Commission européenne a proposé aux États membres de l’Union européenne (UE) une réaffectation des fonds de la Cohésion pour promouvoir la mobilité militaire et renforcer les capacités de défense.
Étant l’une des principales priorités communautaires, la proposition vise à ce que les pays de l’UE utilisent les fonds de cohésion actuels pour construire des infrastructures résilientes qui favorisent la mobilité militaire et soutiennent les capacités productives des petites et grandes entreprises du secteur.
La proposition a émergé après qu’au début de mars, Bruxelles ait avancé un plan de 800 milliards d’euros pour renforcer les capacités de défense de l’UE, qui inclut, entre autres mesures, cette réaffectation des fonds de cohésion pour investir dans ce secteur.
Compte tenu du poids des montants de la cohésion au Portugal, il n’est pas certain que le pays aura recours à cette partie du plan.
Ces modifications des législations de la politique de cohésion, maintenant proposées dans le cadre de la révision intermédiaire de 2025, vont être discutées par le Parlement européen et le Conseil, la Commission souhaitant conclure la reprogrammation cette année afin que les nouveaux programmes puissent être exécutés dès début 2026.
Les pays devront revoir leurs plans et Bruxelles devra donner son aval pour que, idéalement en janvier 2026, les changements soient en vigueur.
Avec un budget de 392 milliards d’euros pour la période actuelle de programmation 2021-2027, la politique de cohésion est la principale politique d’investissement de l’UE.
On estime que ce financement de la politique de cohésion pour 2021-2027 permettra la création de 1,3 million d’emplois dans les 27 pays et une augmentation du Produit Intérieur Brut (PIB) de l’UE de 0,5 % en moyenne.
Au Portugal, un des principaux bénéficiaires de ces fonds, les fonds de la politique de cohésion devraient faire croître le PIB national de 3 % supplémentaires d’ici 2029.
Le cadre communautaire en vigueur dans l’UE prévoit environ 23 milliards d’euros pour le Portugal pour exécuter les programmes de cohésion.
En plus de cette mesure, la Commission européenne a indiqué qu’elle est prête à analyser de nouvelles façons et de nouvelles options pour financer l’investissement en défense dans l’UE, alors qu’il existe des propositions externes et nationales concernant un mécanisme européen ou un instrument temporaire.
Le Portugal défend un « mécanisme commun de coordination de la défense et de financement de cet effort ».
« Cela pourrait être un mécanisme comme, par exemple, le MES [Mécanisme Européen de Stabilité, fonds de sauvetage de la zone euro], avec des participations nationales et ensuite avec émission de dette », a avancé Joaquim Miranda Sarmento lors de l’interview à Lusa, bien qu’il admet « des doutes sur les subventions » étant donné l’opposition de pays comme l’Allemagne et les Pays-Bas.