« C’est avec une immense émotion et une profonde tristesse que la Chapelle Musicale Reine Élisabeth annonce le décès de son maître émérite en résidence, José van Dam, survenu le 17 février 2026. Il nous a quittés en paix, entouré de ses proches », lit-on dans le communiqué disponible sur la page d’accueil du site de la Chapelle Musicale.
« La Belgique a perdu son plus grand ambassadeur de l’opéra, le monde a perdu une légende dont le génie a façonné l’histoire de l’opéra des XXe et XXIe siècles, mais nous, de la Chapelle Musicale, avons surtout perdu un mentor, une figure paternelle et une source inépuisable d’intégrité artistique », affirme le message de l’institution belge.
Le baryton, qui s’était retiré des scènes il y a environ 15 ans, a mené une carrière de plus de six décennies marquée par des interprétations telles que « Falstaff » et « Simon Boccanegra » de Giuseppe Verdi, Golaud, dans « Pelléas et Mélisande » de Debussy, ou Leporello, dans « Don Giovanni » de Mozart, qu’il a également porté au cinéma, dans la version dirigée par Joseph Losey.
Sa dernière prestation a eu lieu dans « D. Quichotte » de Jules Massenet, à Bruxelles en 2010.
José van Dam – Joseph van Damme de son vrai nom – est né à Bruxelles en 1940, où il a étudié au Conservatoire Royal avant de débuter, à l’âge de 20 ans, à Liège, dans une production du « Barbier de Séville » de Rossini.
Dans les décennies suivantes, il a dominé les affiches des théâtres lyriques à travers le monde, du Théâtre Royal de La Monnaie, en Belgique, au Metropolitan Opera de New York et à la Scala de Milan, du Covent Garden de Londres à l’Opéra de Paris, au Teatro Real de Madrid et au Liceo de Barcelone.
Au cinéma, en plus de « Don Giovanni », il a joué dans « Le maître de musique » de Gérard Corbiau.
Son répertoire couvre près de trois siècles de production opératique, avec des œuvres de différentes époques et expressions aussi différentes que « Guillaume Tell » de Rossini, « Boris Godounov » de Moussorgski, « Wozzeck » d’Alban Berg, « Parsifal » de Richard Wagner, « La Damnation de Faust » de Hector Berlioz, « Salomé » de Richard Strauss, « La Bohème » de Giacomo Puccini, et « Saint François d’Assise » d’Olivier Messiaen, qu’il a créé à l’Opéra de Paris en 1983 et pour lequel il a été célébré au Festival de Salzbourg en 1992, dans une mise en scène de Peter Sellars.
Au cours de sa carrière, José van Dam a travaillé avec d’autres chanteurs qui ont marqué leur époque, comme Mirela Freni, Régine Crespin, Gundula Janowitz, Agnès Baltsa et Teresa Berganza, ainsi qu’avec des chefs d’orchestre tels que Claudio Abbado, Riccardo Muti, Georg Solti, Seiji Ozawa, Lorin Maazel, Colin Davis, Michel Plasson, Charles Dutoit, Antonio Pappano, Herbert von Karajan, Sylvain Cambreling.
Avec Michel Corboz et l’Ensemble Vocal et Instrumental de Lausanne, il a interprété la « Messe en si mineur » et le « Magnificat » de Johann Sebastian Bach, ainsi que le Requiem de Duruflé, avec l’Orchestre de Cologne ; avec Karajan, entre autres enregistrements, la « Missa Solemnis » de Beethoven.
José van Dam s’est produit à plusieurs reprises au Portugal, notamment, peu avant de quitter les scènes, au « Carnaval des Musiciens » de l’ensemble Schostakovich du pianiste Filipe Pinto-Ribeiro, et pour le 17e anniversaire de l’Orchestre Métropolitain de Lisbonne en 2009, au Centre Culturel de Belém.
La Chapelle Musicale Reine Élisabeth rappelle aujourd’hui que la carrière de José van Dam « a reflété une rare alliance entre la perfection vocale et la fidélité intellectuelle absolue à la partition ». Et elle conclut : « En incarnant son monumental Saint François d’Assise ou en offrant ses inoubliables interprétations de Don Quichotte, José van Dam a toujours chanté pour la vérité du personnage, jamais pour les applaudissements ».
